lundi 12 octobre 2015
dimanche 11 janvier 2015
Lettre de voeux pour 2015....
Etienne
Frécon
Mary Mother of God Church
No.5, Ally 1, Lane 329,
Jingping Road,
Zhonghe Dist.,
New Taipei City 23577
TAÏWAN R.O.C.
Tel : +886922250483
Taipei, le 8 janvier 2015
Meilleurs
vœux à tous pour l’année 2015 !
Chers
amis,
À ma droite une tasse de café noir et les
yeux rivés sur l’écran, j’essaie d’écrire, après plusieurs tentatives, cette
missive de souhaits de bonne année. Dans le brouhaha de Taipei et de ses
immeubles noircis par la pollution, les cafés sont des petits havres de paix.
La créativité taïwanaise se dit probablement plus à l’intérieur qu’à
l’extérieur ! C’est dans des petites allées ne payant pas de mine que l’on
découvre ces lieux où se côtoient les couples d’étudiants essayant, tout en
travaillant, de se témoigner de leur amour naissant, des hommes et femmes d’affaires
venant parler business ainsi que ceux venus chercher un peu de calme pour mener
à bien ce que le quotidien nous empêche de réaliser.
Rentrer
chez moi, c’est replonger dans la mission, dans la paroisse, dans
l’apprentissage du chinois et dans les mille et une tâches de la vie
quotidienne. Alors, je profite de ce temps d’arrêt pour essayer de vous emmener
découvrir les routes de Taïwan et de la mission.
La mission commence au café !
L’amertume du café donne un écho parfait de ces heures que j’ai passées à
écumer mes livres de chinois, à essayer de lire des livres d’enfants, à déchiffrer
les articles de journaux, à reprendre les textes étudiés en cours, à échanger
avec des amis pour qu’enfin, le jeu de piste au départ très énigmatique et commencé
il y a maintenant un peu plus deux ans, commence à prendre un véritable sens.
Si le point de départ est le café, il
n’est pas le point d’aboutissement et encore moins le point final. De ces cafés
au décorum à mi-chemin entre l’orient et l’occident, je retourne à chaque fois
dans la vie taïwanaise dans le quartier de Zhonghe, banlieue sud de Taipei. Je
suis maintenant dans cette paroisse depuis presqu’un an. Immersion pleine et
entière dans le monde taïwanais traditionnel ! Il n’y a pas grand chose de
reluisant à Zhonghe, mais petit à petit je fais mon trou dans ce quartier et commence
à connaître les commerçants, les étudiants qui travaillent dans les 7/11
(institution à Taïwan)[1], les
restaurants et les lieux où il fait bon vivre… La paroisse[2] se trouve
au milieu d’une zone résidentielle et elle est plus connue pour son jardin
d’enfants, que pour être un signe de la lumière de Dieu et un oasis, où l’homme
fatigué par le poids de la route du quotidien pourrait venir se reposer et
s’abreuver. Les travaux qui ont été faits
cette année auront aussi pour effet de donner plus de visibilité à ce bloc
carré qui par certains aspects fait plus penser à un bâtiment religieux
chinois.
Dans cette paroisse,
seul « ami étranger » à la ronde, je fais l’expérience de cette
bizarre étrangeté qui me colle à la peau. Je suis différent… Je fait
l’expérience de l’étranger. Est étranger, celui qui est du dehors, de
l’extérieur et qui n’appartient pas au groupe, à la famille. Je n’ai pas été
mal accueilli, mais en raison de ma manière de faire peu habituelle, de mon
mode de pensée, de mes sujets de discussion, de mon histoire, je suis étrange.
Les sourires, les attitudes sans être malveillantes m’ont fait comprendre bien
souvent cette place dont on voudrait s’extraire, mais qui reste la mienne et qui
le demeurera encore longtemps ! Être missionnaire, ce n’est pas d’abord
apprendre la langue pour pouvoir parler de Dieu mais bien apprendre à habiter
cette place, cette terre autre, ces cultures marquées de religions et de
traditions philosophiques différentes (nous les chinois on dit comme ça…tu
comprends hein !), ces cuisines différentes, ces habitudes et ces
conversations qui sont si empreintes d’une culture aux extrémités de la mienne…
Dans cette expérience, l’Evangile n’est pas absent, car chercher à habiter la
terre de l’autre fait prendre conscience combien Il est une Parole étrange,
nous faisant prendre conscience de l’écart entre nos vies réelles et la Parole
évangélique.
Alors
cette terre intérieure et extérieure, je la laboure, je la visite, j’essaye
d’en appréhender les contours extérieurs en la visitant : le vélo a été
pour moi un moyen de transport approprié pour en faire le tour et découvrir
tous les petits trésors dont recèle Formose ; mais aussi intérieur en
apprenant à écouter les histoires d’hommes et de femmes qui, comme chacun
d’entre nous, sont confrontés aux aléas de l’histoire, aux rencontres, à la
faiblesse humaine et à l’exposition difficile au regard de l’autre et de
l’Amour ! Rencontrer les personnes qui viennent à la paroisse, écouter mes
professeurs, accueillir les amis que le ciel m’envoie me permet, petit à petit,
d’oser la rencontre, d’oser dire la Parole qui je l’espère, rejoint chaque jour
de plus en plus celui à qui elle s’adresse. C’est probablement, l’expérience la
plus profonde que l’on peut faire comme missionnaire !
Ma vie de missionnaire étudiant va encore se
prolonger encore quelques mois puisqu’au mois de juin j’aurais officiellement
terminé mes trois années d’apprentissage du chinois. L’étude de cette langue
sera passée par bien des phases différentes et 2015 promet de lui donner encore une couleur nouvelle par les
cours à l’institut des religions de l’université catholique de Fujen, mais
aussi par l’insertion de plus en plus importante que j’ai sur la paroisse.
L’accompagnement du groupe biblique, la prière mensuelle de Taizé, les
rencontres avec les jeunes, la célébration des sacrements et les camps de
jeunes viendront pimenter ces journées d’études dans les cafés de Taipei !
Le café est
terminé et mon entreprise menée à bien, alors termine en vous souhaitant tous
mes vœux pour cette nouvelle année 2015. Les téléphones, les mails et le
contact régulier ne sont pas ceux dans quoi j’excelle, mais je tiens à vous
dire que vos visages et vos vies, les idées que nous avons partagées, les rêves
que nous avons imaginés continuent de peupler ma vie et m’aide à vivre l’annonce
qu’aujourd’hui, pour nous tous, de l’orient à l’occident, Dieu est présent et
se fait porte d’espérance.
Etienne, mep
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