vendredi 19 octobre 2012

Homélie dimanche 21 octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO Is 53, 10-11 ; Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16

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Homélie dimanche 21 octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO
Is 53, 10-11 ; Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16

Aujourd’hui, se conclut la semaine mondiale de prières pour les missions ! On pourrait s’attendre aux traditionnels textes sur l’envoi en mission des 12. Quoi de plus normal, que l’Eglise nous propose des textes missionnaires pour nous inviter à sortir de nos habitudes religieuses pour annoncer la Parole aux nations ? Pourtant, il n’en est rien, les textes d’aujourd’hui sont les textes d’un dimanche ordinaire. Et, c'est bon ! Ils nous ramènent au plus profond de l’identité chrétienne. Ils fondent l’engagement missionnaire non pas uniquement en proposant des recettes miracles, des choses à faire ou à ne pas faire, mais plutôt en recentrant l’activité missionnaire de l’Eglise et donc de chacun d’entre nous sur le Christ et son œuvre de salut !

Oui, aujourd’hui, malgré la difficulté de langage qui se cache derrière ces textes, ils disent et nous conduisent au plus profond de l’expérience chrétienne. Ils nous recentrent sur le Christ et sur l’expérience de son salut aujourd’hui pour nous, pour l’Eglise et pour les multitudes. Le prophète Isaïe, dans des textes d’une grande beauté prophétise la passion du Christ. « Broyé par la souffrance », « il fait de sa vie un sacrifice » pour ouvrir à « la lumière et à la justification les multitudes ». Oui, le Christ et sa passion qu’annonce le prophète, vient par ses souffrances ouvrir chaque homme à la lumière, à la Vie véritable. Le Christ vient justifier c’est-à-dire rendre juste ceux qui étaient accablés par le mal et le péché. Il ne le fait pas uniquement pour un petit groupe mais pour les multitudes. Oui, le Christ vient nous rendre juste, vient nous ouvrir à une vie nouvelle. Une vie dans laquelle le mal et le péché ne sont plus ce qui dominent la vie de l’homme mais ce qui tournent l’homme vers Dieu car il sait qu’il est rendu juste par un acte purement gratuit de Dieu. Voilà la première Bonne Nouvelle que nous pouvons entendre aujourd’hui ! Nous sommes rendus juste. Nous pouvons voir la lumière car le Christ en donnant sa vie ouvre chacun de nous à la véritable lumière gratuitement !

La lettre aux hébreux, elle aussi, dans un langage un peu difficile exprime la même réalité ! Christ seul véritable grand prêtre, « n’est pas incapable de partager nos faiblesses ». Homme au milieu des hommes, il a partagé notre condition d’homme pour nous dévoiler combien nous sommes rejoint par Dieu lui-même au milieu des tribulations de nos vies. N’ayons donc pas peur de nous avancer avec pleine assurance vers Dieu. Il n’est pas ce vieux barbu trônant dans les cieux et jouant de son pouvoir pour s’amuser de l’homme. Le Dieu de l’évangile, le Dieu qui se révèle par sa Parole est un Dieu capable de comprendre nos détresses, nos manques, nos doutes nos peurs. Le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui fait grâce, qui rend juste, qui nous appelle à nous tenir debout devant lui ! Nous pouvons donc avancer avec pleine assurance devant lui ! N’ayons pas peur de nous approcher de lui, de nous laisser faire par lui, de nous exposer à sa grâce, de nous laisser aimer par Lui plutôt que de chercher par bien trop de moyens à faire des choses pour Lui ! Voilà la deuxième Bonne Nouvelle de la parole de Dieu de ce jour : Nous pouvons avec assurance nous avancer vers lui car il nous connaît, il nous cherche et il fait grâce !

L’évangile de ce jour enfin, nous renvoie enfin à une logique encore bien trop humaine, bien trop politique, bien trop calculée que trop souvent nous vivons ! L’attitude des fils de Zébédée montre bien ce qu’il peut y avoir de calculé, de désir de reconnaissance au fond du cœur de l’homme ! Leur requête est bien loin d’une véritable compréhension de ce qu’est la grâce de Dieu ! Pourquoi vouloir siéger si haut alors que notre place n’est qu’assis à la même table que le reste de l’humanité dépendant complètement de la grâce de Dieu ! Oui, Jésus oppose une logique du faire et du pouvoir à la logique de la grâce et du service. Il propose la logique du don et de l’accueil de la vie de Dieu à celle du désir de briller. Oui, l’évangile d’aujourd’hui nous invite à accepter vraiment la place que nous avons car c’est la meilleure ! Quelle qu'elle soit, c’est la meilleure car c’est à cette place que nous sommes invités à aimer, à servir, à déployer le don de grâce que Dieu nous fait ! Voilà la troisième bonne nouvelle d’aujourd’hui, le Christ nous place à l’endroit même où nous pouvons déployer la vie qui nous est donnée ! Servir et donner sa vie dans le lieu même où nous avons été planté car c’est ce lieu là que Dieu aime et c’est dans ce lieu là qu’il dispense jour après jour sa grâce !

Chers amis, je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais les textes de ce jour sont en réalité des textes particulièrement missionnaires ! Ils le sont car ils nous replongent dans l’essence même de notre foi au Christ sauveur des multitudes ! Ils sont missionnaires car ils nous font prendre conscience que notre monde est beau malgré ses zones d’ombres ! Il est beau car il est sauvé ! Il est beau car Dieu lui-même l’irrigue de sa grâce jour après jour ! Il est beau car dans le sacrifice du Christ nous sommes libérés, sauvés de nos peurs les plus fantasmés et les plus archaïques ! Oui, le mouvement missionnaire prend sa source dans cette découverte de la grâce, dans cette découverte que chaque est aimé véritablement aimé !

Alors aujourd’hui, découvrant cela, nous sommes invités à rentrer dans ce grand mouvement missionnaire qui consiste à dévoiler au monde et à chaque homme la profondeur, la largeur, la longueur de la grâce de Dieu à notre égard ! Et cela passe par les gestes du quotidien, d’abord en famille, avec ses proches et ses collègues de bureau, avec ses frères et sœurs ! Un verre d’eau proposé, un geste de tendresse manifesté, une parole qui relève et qui ouvre, voilà ce qu’est le premier pas de la mission. Oui, dévoiler la grâce de Dieu envers chaque homme c’est cela l’attitude missionnaire, c’est cela l’Eglise dans son activité missionnaire.

Aujourd’hui, n’ayons pas peur de nous laisser faire par la grâce de Dieu, n’ayons pas peur de nous avancer vers le trône de la grâce pour aller révéler au monde et à chaque homme qu’ils sont aimés d’amour ! Amen !


mercredi 10 octobre 2012

Taipei

 Taipei
Taipei, capitale située au nord de l’île de Taiwan, est la ville qui m’accueille et qui m’ouvre les portes d’un monde insoupçonné. Difficile arrivée, dans un lieu aussi éloigné de l’occident qu’est la terre du soleil ! Taipei, ville où la langue, l’écriture, les us et coutumes laissent transparaître une altérité mystérieuse. C’est là, dans le quartier Songshan, que j’ai été accueilli ! En franchissant le portail rouge rouille de la propriété paroissiale, j’ai senti qu’un monde s’ouvrait devant moi. Difficile de traduire cette impression de nouveauté ! Tout était comme si tout était à apprendre, à découvrir, à expérimenter. Là derrière la grisaille des petits carrés de carrelage tapissant les murs de la maison paroissiale et de l’Eglise, j’ai réalisé que je devais apprendre à renaître à quelque chose de nouveau ! Oh, il est bien difficile de vivre cette renaissance et j’en mesure jour après jour les difficultés. Tel Nicodème, je me pose la question : « Comment est-il possible de renaître quand on est déjà vieux ? » (Jn 3,4). Bien sûr, je ne suis pas très vieux, mais l’expérience de déracinement est telle qu’il s’agit réellement de lâcher le connu et même le trop connu, pour rentrer dans l’inconnu. Comme le dit André Gide, « l'homme ne peut découvrir de nouveaux océans à moins qu'il ait le courage de perdre de vue le rivage. ». Oui, c’est à une radicale nouveauté que je suis invité !



Après le premier cri poussé pour déployer ses poumons et expérimenter la vie donnée, c’est parler qu’il faut pour pouvoir grandir dans la confiance. L’apprentissage de la langue est donc l’étape primordiale pour rentrer dans ce nouveau monde. Jour après jour, je répète et répète des phrases toutes simples qu’un enfant de maternel peut dire avec une aisance et une clarté à en rendre jaloux l’étranger qui s’engage dans cet apprentissage. Les rares enfants rencontrés depuis mon arrivée à Taiwan m’ont rappelé ma condition de renaissant ! Mais voilà, la langue est le point de passage obligé pour vivre correctement. J’ai en mémoire les histoires de mes prédécesseurs missionnaires qui ont lutté pour apprendre ces langues asiatiques. Par chance, aujourd’hui, la technologie et les applications iphone sont d’une grande aide dans l’apprentissage ! Plus besoin de feuilleter des pages et des pages pour trouver un caractère, une seule photo avec l’iphone permet de trouver le sens alors inconnu d’un petit pictogramme. 
 

La naissance passe par la nomination ! Pour naître toute personne doit être appelée, et nommée. La nomination si elle est importante dans la culture occidentale, elle l’est aussi ici ! C’est donc un des premiers défis qu’ont dû remplir les paroissiens via un concours Facebook ! Sur une liste d’une quinzaine de nom, j’ai choisi le nom de 方立天, Fang li tian. Le nom de famille est un nom de famille chinois proche par la sonorité de mon de famille. Li tian, deux caractères trouvés par la proximité sonore et en raison de leur sens. Le premier caractère signifie : « se tenir debout, se dresser ». Le deuxième signifie le ciel. Il renvoie aussi à Dieu dans la tradition catholique. La signification de mon nom exprime une véritable réalité théologique et spirituelle : « celui qui se tient devant Dieu ». Ce nom est significatif, il est un appel à la foi, à vivre et à « marcher en présence de Dieu » (Gn17,1), tout un programme pour celui qui essaye de marcher avec les yeux de la foi.  Pour un lyonnais, il me rappelle la phrase d’Irénée, « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant », l’homme debout on pourrait dire. Luc le rappelle dans son évangile en parlant du jugement dernier. Il nous invite à « paraître debout devant le Fils de l'homme. » (Lc 21, 36).
Taipei, c’est donc la ville des commencements ! Pour commencer un nouveau travail, il faut chercher ! la ville elle-même invite à cela… La densité de population, les rues encombrées et bruyantes, l’agencement de la ville plus commode que beau invite à creuser, à chercher, à découvrir, au-delà de la noirceur, la beauté qui s’y cache ! Elle se trouve probablement dans la gentillesse et l’accueil chaleureux que vous donne ses habitants. Oui, la ville ne témoigne pas d’un passé haussmannien, mais elle a le mérite de la commodité ! Elle invite à ouvrir les yeux pour regarder les originalités et les petits plaisirs que procure la vue d’un temple, d’un étale de fruits ou d’un petit restaurant et cette simplicité n’a pas de prix !
Finalement, Taipei, c’est la ville où continue de se commencer l’aventure de la Foi qui passe par une renaissance et une descente dans la boue de notre humanité pour y découvrir le neuf que la grâce de Dieu vient déposer chaque jour dans nos vies !