Taipei
Taipei,
capitale située au nord de l’île de Taiwan, est la ville qui m’accueille et qui
m’ouvre les portes d’un monde insoupçonné. Difficile arrivée, dans un lieu
aussi éloigné de l’occident qu’est la terre du soleil ! Taipei, ville où
la langue, l’écriture, les us et coutumes laissent transparaître une altérité
mystérieuse. C’est là, dans le quartier Songshan, que j’ai été accueilli !
En franchissant le portail rouge rouille de la propriété paroissiale, j’ai senti
qu’un monde s’ouvrait devant moi. Difficile de traduire cette impression de
nouveauté ! Tout était comme si tout était à apprendre, à découvrir, à
expérimenter. Là derrière la grisaille des petits carrés de carrelage tapissant
les murs de la maison paroissiale et de l’Eglise, j’ai réalisé que je devais
apprendre à renaître à quelque chose de nouveau ! Oh, il est bien
difficile de vivre cette renaissance et j’en mesure jour après jour les
difficultés. Tel Nicodème, je me pose la question : « Comment est-il
possible de renaître quand on est déjà vieux ? » (Jn 3,4). Bien sûr,
je ne suis pas très vieux, mais l’expérience de déracinement est telle qu’il
s’agit réellement de lâcher le connu et même le trop connu, pour rentrer dans
l’inconnu. Comme le dit André Gide, « l'homme ne peut découvrir de
nouveaux océans à moins qu'il ait le courage de perdre de vue le
rivage. ». Oui, c’est à une radicale nouveauté que je suis invité !
Après
le premier cri poussé pour déployer ses poumons et expérimenter la vie donnée,
c’est parler qu’il faut pour pouvoir grandir dans la confiance. L’apprentissage
de la langue est donc l’étape primordiale pour rentrer dans ce nouveau monde.
Jour après jour, je répète et répète des phrases toutes simples qu’un enfant de
maternel peut dire avec une aisance et une clarté à en rendre jaloux l’étranger
qui s’engage dans cet apprentissage. Les rares enfants rencontrés depuis mon
arrivée à Taiwan m’ont rappelé ma condition de renaissant ! Mais voilà, la
langue est le point de passage obligé pour vivre correctement. J’ai en mémoire
les histoires de mes prédécesseurs missionnaires qui ont lutté pour apprendre
ces langues asiatiques. Par chance, aujourd’hui, la technologie et les
applications iphone sont d’une grande aide dans l’apprentissage ! Plus besoin
de feuilleter des pages et des pages pour trouver un caractère, une seule photo
avec l’iphone permet de trouver le sens alors inconnu d’un petit
pictogramme.
La
naissance passe par la nomination ! Pour naître toute personne doit être
appelée, et nommée. La nomination si elle est importante dans la culture
occidentale, elle l’est aussi ici ! C’est donc un des premiers défis
qu’ont dû remplir les paroissiens via un concours Facebook ! Sur une liste
d’une quinzaine de nom, j’ai choisi le nom de 方立天, Fang li tian. Le nom de
famille est un nom de famille chinois proche par la sonorité de mon de famille. Li
tian, deux caractères
trouvés par la proximité sonore
et en raison de leur sens. Le premier caractère signifie : « se tenir
debout, se dresser ». Le deuxième signifie le ciel. Il renvoie aussi à
Dieu dans la tradition catholique. La signification de mon nom exprime une
véritable réalité théologique et spirituelle : « celui qui se tient
devant Dieu ». Ce nom est significatif, il est un appel à la foi, à vivre
et à « marcher en présence de Dieu » (Gn17,1), tout un programme pour
celui qui essaye de marcher avec les yeux de la foi. Pour un lyonnais, il me rappelle la phrase d’Irénée, « la
gloire de Dieu c’est l’homme vivant », l’homme debout on pourrait dire.
Luc le rappelle dans son évangile en parlant du jugement dernier. Il nous
invite à « paraître debout devant
le Fils de l'homme. » (Lc 21, 36).
Finalement,
Taipei, c’est la ville où continue de se commencer l’aventure de la Foi qui
passe par une renaissance et une descente dans la boue de notre humanité pour y
découvrir le neuf que la grâce de Dieu vient déposer chaque jour dans nos
vies !
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