mercredi 10 octobre 2012

Taipei

 Taipei
Taipei, capitale située au nord de l’île de Taiwan, est la ville qui m’accueille et qui m’ouvre les portes d’un monde insoupçonné. Difficile arrivée, dans un lieu aussi éloigné de l’occident qu’est la terre du soleil ! Taipei, ville où la langue, l’écriture, les us et coutumes laissent transparaître une altérité mystérieuse. C’est là, dans le quartier Songshan, que j’ai été accueilli ! En franchissant le portail rouge rouille de la propriété paroissiale, j’ai senti qu’un monde s’ouvrait devant moi. Difficile de traduire cette impression de nouveauté ! Tout était comme si tout était à apprendre, à découvrir, à expérimenter. Là derrière la grisaille des petits carrés de carrelage tapissant les murs de la maison paroissiale et de l’Eglise, j’ai réalisé que je devais apprendre à renaître à quelque chose de nouveau ! Oh, il est bien difficile de vivre cette renaissance et j’en mesure jour après jour les difficultés. Tel Nicodème, je me pose la question : « Comment est-il possible de renaître quand on est déjà vieux ? » (Jn 3,4). Bien sûr, je ne suis pas très vieux, mais l’expérience de déracinement est telle qu’il s’agit réellement de lâcher le connu et même le trop connu, pour rentrer dans l’inconnu. Comme le dit André Gide, « l'homme ne peut découvrir de nouveaux océans à moins qu'il ait le courage de perdre de vue le rivage. ». Oui, c’est à une radicale nouveauté que je suis invité !



Après le premier cri poussé pour déployer ses poumons et expérimenter la vie donnée, c’est parler qu’il faut pour pouvoir grandir dans la confiance. L’apprentissage de la langue est donc l’étape primordiale pour rentrer dans ce nouveau monde. Jour après jour, je répète et répète des phrases toutes simples qu’un enfant de maternel peut dire avec une aisance et une clarté à en rendre jaloux l’étranger qui s’engage dans cet apprentissage. Les rares enfants rencontrés depuis mon arrivée à Taiwan m’ont rappelé ma condition de renaissant ! Mais voilà, la langue est le point de passage obligé pour vivre correctement. J’ai en mémoire les histoires de mes prédécesseurs missionnaires qui ont lutté pour apprendre ces langues asiatiques. Par chance, aujourd’hui, la technologie et les applications iphone sont d’une grande aide dans l’apprentissage ! Plus besoin de feuilleter des pages et des pages pour trouver un caractère, une seule photo avec l’iphone permet de trouver le sens alors inconnu d’un petit pictogramme. 
 

La naissance passe par la nomination ! Pour naître toute personne doit être appelée, et nommée. La nomination si elle est importante dans la culture occidentale, elle l’est aussi ici ! C’est donc un des premiers défis qu’ont dû remplir les paroissiens via un concours Facebook ! Sur une liste d’une quinzaine de nom, j’ai choisi le nom de 方立天, Fang li tian. Le nom de famille est un nom de famille chinois proche par la sonorité de mon de famille. Li tian, deux caractères trouvés par la proximité sonore et en raison de leur sens. Le premier caractère signifie : « se tenir debout, se dresser ». Le deuxième signifie le ciel. Il renvoie aussi à Dieu dans la tradition catholique. La signification de mon nom exprime une véritable réalité théologique et spirituelle : « celui qui se tient devant Dieu ». Ce nom est significatif, il est un appel à la foi, à vivre et à « marcher en présence de Dieu » (Gn17,1), tout un programme pour celui qui essaye de marcher avec les yeux de la foi.  Pour un lyonnais, il me rappelle la phrase d’Irénée, « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant », l’homme debout on pourrait dire. Luc le rappelle dans son évangile en parlant du jugement dernier. Il nous invite à « paraître debout devant le Fils de l'homme. » (Lc 21, 36).
Taipei, c’est donc la ville des commencements ! Pour commencer un nouveau travail, il faut chercher ! la ville elle-même invite à cela… La densité de population, les rues encombrées et bruyantes, l’agencement de la ville plus commode que beau invite à creuser, à chercher, à découvrir, au-delà de la noirceur, la beauté qui s’y cache ! Elle se trouve probablement dans la gentillesse et l’accueil chaleureux que vous donne ses habitants. Oui, la ville ne témoigne pas d’un passé haussmannien, mais elle a le mérite de la commodité ! Elle invite à ouvrir les yeux pour regarder les originalités et les petits plaisirs que procure la vue d’un temple, d’un étale de fruits ou d’un petit restaurant et cette simplicité n’a pas de prix !
Finalement, Taipei, c’est la ville où continue de se commencer l’aventure de la Foi qui passe par une renaissance et une descente dans la boue de notre humanité pour y découvrir le neuf que la grâce de Dieu vient déposer chaque jour dans nos vies !

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