dimanche 11 janvier 2015

Lettre de voeux pour 2015....




Etienne Frécon
Mary Mother of God Church 
No.5, Ally 1, Lane 329, 
Jingping Road,
 Zhonghe Dist., 
New Taipei City 23577
TAÏWAN R.O.C.

Tel : +886922250483


                                                                                                           

Taipei, le 8 janvier 2015




Meilleurs vœux à tous pour l’année 2015 !





Chers amis,


À ma droite une tasse de café noir et les yeux rivés sur l’écran, j’essaie d’écrire, après plusieurs tentatives, cette missive de souhaits de bonne année. Dans le brouhaha de Taipei et de ses immeubles noircis par la pollution, les cafés sont des petits havres de paix. La créativité taïwanaise se dit probablement plus à l’intérieur qu’à l’extérieur ! C’est dans des petites allées ne payant pas de mine que l’on découvre ces lieux où se côtoient les couples d’étudiants essayant, tout en travaillant, de se témoigner de leur amour naissant, des hommes et femmes d’affaires venant parler business ainsi que ceux venus chercher un peu de calme pour mener à bien ce que le quotidien nous empêche de réaliser.

Rentrer chez moi, c’est replonger dans la mission, dans la paroisse, dans l’apprentissage du chinois et dans les mille et une tâches de la vie quotidienne. Alors, je profite de ce temps d’arrêt pour essayer de vous emmener découvrir les routes de Taïwan et de la mission.

La mission commence au café ! L’amertume du café donne un écho parfait de ces heures que j’ai passées à écumer mes livres de chinois, à essayer de lire des livres d’enfants, à déchiffrer les articles de journaux, à reprendre les textes étudiés en cours, à échanger avec des amis pour qu’enfin, le jeu de piste au départ très énigmatique et commencé il y a maintenant un peu plus deux ans, commence à prendre un véritable sens.

Si le point de départ est le café, il n’est pas le point d’aboutissement et encore moins le point final. De ces cafés au décorum à mi-chemin entre l’orient et l’occident, je retourne à chaque fois dans la vie taïwanaise dans le quartier de Zhonghe, banlieue sud de Taipei. Je suis maintenant dans cette paroisse depuis presqu’un an. Immersion pleine et entière dans le monde taïwanais traditionnel ! Il n’y a pas grand chose de reluisant à Zhonghe, mais petit à petit je fais mon trou dans ce quartier et commence à connaître les commerçants, les étudiants qui travaillent dans les 7/11 (institution à Taïwan)[1], les restaurants et les lieux où il fait bon vivre… La paroisse[2] se trouve au milieu d’une zone résidentielle et elle est plus connue pour son jardin d’enfants, que pour être un signe de la lumière de Dieu et un oasis, où l’homme fatigué par le poids de la route du quotidien pourrait venir se reposer et s’abreuver.  Les travaux qui ont été faits cette année auront aussi pour effet de donner plus de visibilité à ce bloc carré qui par certains aspects fait plus penser à un bâtiment religieux chinois.

Dans cette paroisse, seul « ami étranger » à la ronde, je fais l’expérience de cette bizarre étrangeté qui me colle à la peau.  Je suis différent… Je fait l’expérience de l’étranger. Est étranger, celui qui est du dehors, de l’extérieur et qui n’appartient pas au groupe, à la famille. Je n’ai pas été mal accueilli, mais en raison de ma manière de faire peu habituelle, de mon mode de pensée, de mes sujets de discussion, de mon histoire, je suis étrange. Les sourires, les attitudes sans être malveillantes m’ont fait comprendre bien souvent cette place dont on voudrait s’extraire, mais qui reste la mienne et qui le demeurera encore longtemps ! Être missionnaire, ce n’est pas d’abord apprendre la langue pour pouvoir parler de Dieu mais bien apprendre à habiter cette place, cette terre autre, ces cultures marquées de religions et de traditions philosophiques différentes (nous les chinois on dit comme ça…tu comprends hein !), ces cuisines différentes, ces habitudes et ces conversations qui sont si empreintes d’une culture aux extrémités de la mienne… Dans cette expérience, l’Evangile n’est pas absent, car chercher à habiter la terre de l’autre fait prendre conscience combien Il est une Parole étrange, nous faisant prendre conscience de l’écart entre nos vies réelles et la Parole évangélique.
Alors cette terre intérieure et extérieure, je la laboure, je la visite, j’essaye d’en appréhender les contours extérieurs en la visitant : le vélo a été pour moi un moyen de transport approprié pour en faire le tour et découvrir tous les petits trésors dont recèle Formose ; mais aussi intérieur en apprenant à écouter les histoires d’hommes et de femmes qui, comme chacun d’entre nous, sont confrontés aux aléas de l’histoire, aux rencontres, à la faiblesse humaine et à l’exposition difficile au regard de l’autre et de l’Amour ! Rencontrer les personnes qui viennent à la paroisse, écouter mes professeurs, accueillir les amis que le ciel m’envoie me permet, petit à petit, d’oser la rencontre, d’oser dire la Parole qui je l’espère, rejoint chaque jour de plus en plus celui à qui elle s’adresse. C’est probablement, l’expérience la plus profonde que l’on peut faire comme missionnaire !

Ma vie de missionnaire étudiant va encore se prolonger encore quelques mois puisqu’au mois de juin j’aurais officiellement terminé mes trois années d’apprentissage du chinois. L’étude de cette langue sera passée par bien des phases différentes et 2015 promet de lui donner encore une couleur nouvelle par les cours à l’institut des religions de l’université catholique de Fujen, mais aussi par l’insertion de plus en plus importante que j’ai sur la paroisse. L’accompagnement du groupe biblique, la prière mensuelle de Taizé, les rencontres avec les jeunes, la célébration des sacrements et les camps de jeunes viendront pimenter ces journées d’études dans les cafés de Taipei !



Le café est terminé et mon entreprise menée à bien, alors termine en vous souhaitant tous mes vœux pour cette nouvelle année 2015. Les téléphones, les mails et le contact régulier ne sont pas ceux dans quoi j’excelle, mais je tiens à vous dire que vos visages et vos vies, les idées que nous avons partagées, les rêves que nous avons imaginés continuent de peupler ma vie et m’aide à vivre l’annonce qu’aujourd’hui, pour nous tous, de l’orient à l’occident, Dieu est présent et se fait porte d’espérance.  

Etienne, mep



[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/7-Eleven
[2] http://www.mogcch.org.tw/index.php

MEP vocations...

ihttp://mission.mepasie.org/rubriques/haut/actualites/suivre-le-christ-en-asie-et-si-cetait-pour-toi

mardi 5 novembre 2013

Homélie rencontre des confrères MEP – Mardi 5 novembre 2013 Rm12,5-16 ; Lc 14,15-24


Homélie rencontre des confrères MEP – Mardi 5 novembre 2013
Rm12,5-16 ; Lc 14,15-24

« Heureux… », le mot résonne encore à nos oreilles… Nous l’avons entendu, il n’y a pas si longtemps. Il avait la force d’une parole qui se reçoit et qui est accueillie car elle dit notre désir ! Heureux… Ces béatitudes, c’est du haut d’une montagne qu’elles ont été prononcées. Dans un lieu qui dit la rencontre de Dieu ! Dans un lieu qui malgré la présence de la foule, invite à déployer le regard vers des infinis qui se font éternellement commencement. Ces béatitudes, elles nous ont dévoilés un bonheur qui n’a sa pleine dimension que dans le Christ et le mystère de sa mort et sa résurrection qu’il nous fait traverser.

Et voilà qu’aujourd’hui, une autre béatitude est prononcée. Elle se présente comme une réponse spontanée à une parole entendue… Que répondre à l’annonce du salut offert si ce n’est une parole qui dit la joie d’y participer ? Reconnaître en Jésus l’homme-Dieu offrant le salut, c’est rentrer dans cette béatitude, dans cette joie qui nous fait croire et espérer qu’un jour nous serons assis à sa table !

Pourtant Jésus, le même qui nous invitait à la joie ne semble pas partager l’enthousiasme de cette personne. Il ne le gratifie pas d’un « en cela tu dis vrai » ou « tu n’es pas loin du Royaume ». Non, face à son enthousiasme, Jésus oppose la réalité tragique, celle du cœur humain, celle de la vie humaine. Il sait combien sont fragiles nos pensées et fluctuant nos désirs. Il sait combien notre vie humaine, notre service pastoral, nos désirs vont se retrouver confrontés à la complexité du réel, aux faux semblants du péché et à cette peur viscéral de mourir et de vivre.

Et par une histoire des plus quotidiennes, il abaisse nos enthousiasmes à l’acceptation pleine et entière de la réalité. Les béatitudes de la montagne sont si proche de notre expérience humaine : la paix, la docilité, les pleurs, la miséricorde… Dans les actions les plus quotidiennes, elles font émerger Dieu et la surabondance de sa grâce. En revanche, la joie qui jaillit du cœur de cet homme semble délier le repas du royaume du repas de l’aujourd’hui ! L’émergence de sa joie eschatologique semble l’écarter de  ce repas du maintenant du salut qui nous conduit à la suite du Christ sur le chemin des béatitudes.

Alors Jésus le lui rappelle. Le repas est prêt mais les destinataires ne le sont pas. Le repas est prêt mais les tâches quotidiennes, la peur de la rencontre, les excuses faciles prennent le pas sur l’invitation. L’aujourd’hui de la rencontre est reporté à demain. Et voilà que face à ce refus, les pauvres, les boiteux, les estropiés viennent prendre place… Puis tous ceux qui permettront à cette salle du banquet d’être pleine pour que rien de la joie de la rencontre ne soit perdu. Face au refus de certains s’oppose l’acceptation de beaucoup d’autres…

Qui sont ceux qui appellent sinon les missionnaires de l’évangile, les hommes et les femmes qui ont donné et qui donnent leurs vies pour l’évangile ! Qui sont ceux qui sont appelés sinon ceux qui ont été baptisés et qui ont reçu en héritage la vie éternelle ! Qui sont ceux qui refusent, ce sont ces mêmes missionnaires de l’évangile qui n’arrivent pas à accueillir la joie du salut ! L’Evangile, bonne nouvelle du salut pour le monde, nous place tour à tour dans ceux qui vont appeler et annoncer la joie de participer à ce grand banquet mais aussi de ceux qui refusent de participer car ils ne savent plus se laisser interpeller par la Parole de Salut. L’Evangile nous place aussi dans cette masse de pauvres qui sont invités pour remplacer les premiers. Paradoxe insupportable de nos vies… Ecart irréductible entre nos désirs et la réalité de ce que nous sommes. Oui, nous sommes par notre sacerdoce ministériel et baptismal appelé à annoncer le mystère de la joie du salut. Mais cette annonce n’est rendue possible que dans un accueil profond de ce mystère lui-même qui nous fait nous découvrir mendiant !

La joie de la béatitude, celle qui nous fait espérer contre toute espérance que le Christ nous a sauvé, celle qui nous fait crier des confins de notre être « Heureux celui qui participera au banquet… » ne vient prendre sa force que dans la confrontation d’une autre parole. Cette parole venue de la hauteur de la montagne et qui dit : Heureux, car aujourd’hui tu pleures, tu te reconnais pécheur, tu travailles à la paix, tu témoignes du pardon et de la justice ! Heureux car aujourd’hui en vivant et accueillant ces béatitudes, tu accueilles ta pauvreté et te rend disponible à cet Autre qui t’appelle… Heureux car le salut devient mystère qui s’accueille dans les méandres d’un quotidien illisible, se vit dans les rencontres journalières et s’annonce dans l’aujourd’hui… Heureux car le repas de la joie, n’est pas si loin de nous…

Chers confrères, ce chemin des béatitudes, c’est celui qu’ont vécu nos confrères dont nous faisons mémoire et celui que nous vivons aujourd’hui dans nos différents ministères.  Ces béatitudes sont celles qui nous humanisant nous divinisent et nous conduise à nous recevoir dès maintenant de la joie de Dieu. Car elles nous conduisent à la table des pécheurs, à la table de l’eucharistie. Elles nous conduisent à ouvrir ce lieu fermé par la peur pour que jaillisse l’Esprit nous invitant au plus profond de notre être par ces mots : « heureux, heureux es tu, heureux sommes nous car nous sommes invités au repas du Seigneur. » Amen !