samedi 24 décembre 2011

Voeux 2012 - Joyeux Noël et Bonne année...


Chers amis,

La fin de l’année approche, Londres s’est ornée de somptueuses décorations de Noël et le froid nous pousse à nous retirer dans nos maisons pour s’en protéger. Il est donc temps pour moi de vous donner quelques nouvelles de ces derniers mois en Angleterre.

Ce n’est pas l’exotisme des îles ou presqu’îles extrême-orientales mais la mission nous invite à être présent dans chaque lieu où nous sommes envoyés pour murmurer au cœur de l’homme la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Pour ma part, comme vous le savez, c’est à Londres que j’ai posé mes valises pour six mois. Cette « moderne Babylone », comme la qualifie Benjamin Disraeli, a tous les charmes d’une ville où s’est érigée en maître l’argent, la consommation et le pouvoir avec toute la dignité d’un royaume fier de ses traditions et de sa reine. J’en suis un bon bénéficiaire puisque je demeure à Chelsea, un des quartiers les plus riches de la ville. Cependant, l’opulence de la ville et de ses habitants contrastent avec une pauvreté matérielle et humaine grandissantes. Face à cela, il est heureux de voir qu’une grande générosité se met en place à travers de nombreuses « charity ».

Vous l’aurez compris, la ville « moldu » cache difficilement son côté magique surtout à l’approche de Noël et l’on imagine aisément un petit Harry Potter se faufiler au quai 9 ¾ pour prendre son train à la gare de King’s Cross.

Les quelques mois qui me sont offerts dans cette ville pour perfectionner mon anglais ressemblent un peu à un temps d’avent. Ils me préparent au grand passage de la France à Singapour ! L’avent est un temps d’attente, de patience et de préparation pour la venue du Seigneur. C’est le temps de l’incarnation du grand désir, celui de voir Celui que l’on cherche dans le brouillard de nos fragiles existences.

Pour ma part, ce temps d’avent est un temps où j’apprends, en essayant d’être patient, à donner chair et consistance à ce désir de partir au loin. Et là, c’est du concret puisque je vis déjà mon ministère dans une autre langue, au milieu de gens venant des quatre coins du monde. En effet, la paroisse Sainte Mary rassemble une communauté très internationale composée de paroissiens étant là pour quelques années et dont une bonne partie travaille dans la finance. Le curé est un homme de 65 ans, ancien prêtre anglican, converti au catholicisme il y a une quinzaine d’année. Pour l’aider dans sa charge, le séminaire a envoyé un des séminaristes pour sa formation pastorale. Le troisième homme de la bande, c’est moi ! Je n’ai finalement que peu d’activités au sein de l’ensemble. Je célèbre la messe et prêche en anglais quotidiennement ainsi qu’à plusieurs reprises le dimanche. Et, de temps en temps, je remplace le curé dans différents groupes de la paroisse. J’ai eu l’occasion de faire un topo sur la foi et sur Marie dans le groupe « journey in faith » pour ceux qui cherchent à découvrir la foi chrétienne. Ce sont des petites tâches qui m’aident bien à pratiquer mon anglais. Je participe aussi au groupe des jeunes adultes de la paroisse. J’en suis d’ailleurs le plus jeune membre à croire que la jeunesse est un concept qui s’adapte en fonction de l’âge de celui qui en parle !

Je découvre, petit à petit, l’Eglise catholique d’Angleterre. Elle est bien différente de l’Eglise de France par son histoire et sa dimension minoritaire. En revanche, elle souffre des mêmes problèmes, la désaffection des églises due à la sécularisation, la frénésie pour la consommation… Cependant, l’institution est moins mise à mal ici ! Leur Reine la garantie d’une certaine manière. Ce côté plus institutionnel a pour pendant un côté moins créatif. La vie paroissiale est donc une vie très classique : une communauté, un prêtre et les différents groupes permettant à chacun de trouver leur nourriture spirituelle.

A ces quelques activités paroissiales s’ajoutent les cours de langue que je prends chaque matin dans une école à 30 min de bus de la maison. J’y croise pas mal d’étudiants en fin de parcours qui terminent leurs études par des cours intensifs d’anglais. Les cours ne sont pas de grande voltige intellectuelle mais ont le mérite de me permettre de bien consolider mes bases en grammaire, vocabulaire et prononciation. Je me suis fait là-bas pas mal de relations et j’apprécie les petites conversations que nous avons sur les différents pays dont les étudiants viennent autour d’une, voir deux bières… J’aide aussi la professeur de français de l’école d’à côté. C’est une drôle d’expérience. Elle ne m’a jamais parlé français et elle fait pas mal de fautes à ce que j’ai pu voir dans les copies des élèves. Il n’y a pas si longtemps que ça, je me rappelle ma professeur d’anglais me prédisait que je ne serais jamais capable de parler anglais. Peut être, elle aussi, faisait beaucoup de fautes ? (sourire).

Qui dit Londres, dit l’anglais et donc naître à une nouvelle manière de s’exprimer. Ce qui est en jeu dans une langue, ce n’est pas uniquement juxtaposer des mots mais plutôt se dire et exprimer ce que l’on est ! La parole fait exister… Cette petite réflexion me permet de vous dire encore ma difficulté à mettre le poids affectif et émotionnel requis derrière chaque mot afin de pouvoir dire et se dire. Le vocabulaire est là mais peut-être ai-je encore un peu peur de m’ouvrir à l’autre, celui avec qui je rentre en relation avec des mots qui ne sont pas encore tout à fait les miens. Cette expérience de l’écoute et de la parole est probablement proche d’une expérience spirituelle. Dieu se donne à travers la parole et cela demande du temps pour l’homme de déchiffrer et d’ajuster son langage à celui de Dieu.  Mais les mots sont appelés à prendre la force d’une Parole : «  The word was made flesh ».

Vous l’aurez compris, la vie londonienne à bien des charmes. Elle croise cependant des difficultés et les frustrations de l’étranger qui essaye, jour après jour, de naître à nouveau dans le lieu dans lequel il a été planté. Je ne compte plus d’ailleurs les fois où je me suis fait avoir par méconnaissance du système anglais pour le téléphone, le bus et j’en passe. Mais bon, c’est la vie et d’ailleurs ça m’apprend à demander et à me renseigner ce qui est plutôt une bonne leçon.

Finalement, la vie missionnaire est une histoire de Noël, une histoire d’incarnation qui donne chair à la Parole entendue ! Une vie qui apprend que naître à la Vie se fait dans l’ordinaire de l’aujourd’hui, dans le poids et quelque fois la lourdeur du quotidien.

Sur ces quelques nouvelles, je vous souhaite une belle fête de noël et un très bon début d’année 2012. Les vœux sont traditionnels et quelque fois un peu trop rituel alors j’espère que ceux-ci auront toute la force et la fraîcheur de la nouveauté d’une nouvelle aurore Bénie par Dieu !
Etienne