mardi 1 mai 2012


Chers amis,
Nous venons de célébrer Pâques, la fête du grand passage, celui qui scelle d’une façon définitive la victoire de la Vie sur la mort. Cette fête nous invite à traverser ces territoires désolés, tant ceux de notre quotidien que ceux de notre vie intérieure, pour aller découvrir la vie qui se cache ou qui cherche à jaillir dans les espaces que nous avions délaissés. Finalement, nous sommes invités à mourir, à aller au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! Le Christ nous guide sur ce chemin puisque lui-même a traversé ses épais abîmes.
Je conçois un peu mon séjour en Angleterre comme une longue traversée m’ayant fait quitter les lieux connus de la vie parisienne, pour des lieux moins connus anglais avant de plonger réellement dans l’inconnu missionnaire… Il fut donc un temps de passage, un temps de Pâques ! Il n’est pas si évident de quitter une terre et des amis et plus encore de s’ajuster à la vie et aux questionnements portés par un peuple et une culture. Traduire sa pensée ne suffit pas, il s’agit bien de rencontrer l’autre et sa différence pour que naisse à nouveau la Parole, la Parole qui donne chair et vie.
La vie missionnaire s’inscrit dans le partage du quotidien.  Elle est un appel incessant à découvrir la présence de l’autre qui vient altérer ma vie quotidienne. Cette expérience je l’ai vécue en paroisse et dans l’école de langue. Cette dernière m’a permis de rencontrer un certain nombre de jeunes ou moins jeunes, étrangers de bien des manières à ce que je suis et de ma foi chrétienne. En faisant ces petits exercices pour améliorer notre manière de parler à partir d’un thème un peu bateau, j’ai eu la joie de découvrir la vie de mes confrères de l’école. Finalement, de la crise sociale et économique en passant par la menace climatique qui pèse sur notre monde, nous avons glissé souvent sur les questions qui peuplent nos vies. De l’Argentine au Japon, de la Turquie au Brésil, de la Corée à l’Espagne les questions mêmes formulées différemment sont les mêmes. Ce fut donc une joie de partager cette humanité que nous avons en commun. Cette expérience revêt des couleurs eucharistiques en ce qu’elle relève d’une parole charnelle partagée pour trouver la Vie. Elle plonge dans le mystère de l’homme et de Dieu.
Cette expérience de la rencontre, je l’ai aussi vécue d’une manière plus dramatique en prison. Deux fois, je suis allé visiter des prisons d’hommes et de femmes à Londres. Les grilles, le bruit des clés et des verrous qui s’ouvrent et se referment rappellent l’expérience terrible de la captivité. Ces bruits agressifs invitent à trouver la vraie liberté et à se battre pour que chaque homme puisse la trouver. J’ai participé notamment à des groupes féminins d’alcooliques et de drogués anonymes. Il est étonnant de découvrir derrière le visage qui se donne de manière plus ou moins rayonnant un cœur meurtri et traversé par une histoire faite de démission, de trahison, de haine et de violence… Comment ne pas rester insensible à ce jeune homme enfermé dès l’âge de 15 ans ? Quand est-ce que l’homme va apprendre à aimer réellement ? Quand allons-nous comprendre que l’important se trouve dans le respect et l’accueil de chaque vie ?
Vivre à l’étranger, c’est aussi expérimenter cette solitude et cette difficulté de se situer dans un univers qui n’est pas le sien. Elle fait naître une grande fragilité mais aussi une grande force et ouverture. Je ne sais pas si vraiment cela est catholique, mais Charles Baudelaire l’exprime magnifiquement bien dans son ouvrage Le spleen de Paris. « Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe.
Il est bon d’apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, ne fût-ce que pour humilier un instant leur sot orgueil, qu’il est des bonheurs supérieurs au leur, plus vastes et plus raffinés. Les fondateurs de colonies, les pasteurs de peuples, les prêtres missionnaires exilés au bout du monde, connaissent sans doute quelque chose de ces mystérieuses ivresses ; et, au sein de la vaste famille que leur génie s’est faite, ils doivent rire quelquefois de ceux qui les plaignent pour leur fortune si agitée et pour leur vie si chaste. »[1]

Ces quelques réflexions que m’inspirent cette période pascale, cette période de passage m’ouvre sur une autre fête, celle de Pentecôte, celle qui invite à accueillir la ruah, le souffle mais aussi l’espace que donne l’Esprit du Seigneur. En cette fête, je serai envoyé officiellement en Asie. Vous êtes donc tous invités à vous joindre par votre présence ou votre prière à la messe qui sera célébrée au MEP le dimanche de Pentecôte.
Bon temps pascal à tous.

Etienne Frécon

En bref…
Vous êtes cordialement invités à la messe d’envoi en mission qui aura lieu le dimanche 27 mai 2012 au MEP (128, rue du Bac à 10h00. Au cours de cette messe 3 prêtres des MEP seront envoyés pour les missions du Japon et de Malaisie-Singapour et 2 prêtres associés recevront leurs destinations.
PS : si vous pensez venir au buffet qui suivra la messe, n’hésitez pas à me donner une réponse !


[1] Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, XII, 1869.

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