mardi 5 novembre 2013

Homélie rencontre des confrères MEP – Mardi 5 novembre 2013 Rm12,5-16 ; Lc 14,15-24


Homélie rencontre des confrères MEP – Mardi 5 novembre 2013
Rm12,5-16 ; Lc 14,15-24

« Heureux… », le mot résonne encore à nos oreilles… Nous l’avons entendu, il n’y a pas si longtemps. Il avait la force d’une parole qui se reçoit et qui est accueillie car elle dit notre désir ! Heureux… Ces béatitudes, c’est du haut d’une montagne qu’elles ont été prononcées. Dans un lieu qui dit la rencontre de Dieu ! Dans un lieu qui malgré la présence de la foule, invite à déployer le regard vers des infinis qui se font éternellement commencement. Ces béatitudes, elles nous ont dévoilés un bonheur qui n’a sa pleine dimension que dans le Christ et le mystère de sa mort et sa résurrection qu’il nous fait traverser.

Et voilà qu’aujourd’hui, une autre béatitude est prononcée. Elle se présente comme une réponse spontanée à une parole entendue… Que répondre à l’annonce du salut offert si ce n’est une parole qui dit la joie d’y participer ? Reconnaître en Jésus l’homme-Dieu offrant le salut, c’est rentrer dans cette béatitude, dans cette joie qui nous fait croire et espérer qu’un jour nous serons assis à sa table !

Pourtant Jésus, le même qui nous invitait à la joie ne semble pas partager l’enthousiasme de cette personne. Il ne le gratifie pas d’un « en cela tu dis vrai » ou « tu n’es pas loin du Royaume ». Non, face à son enthousiasme, Jésus oppose la réalité tragique, celle du cœur humain, celle de la vie humaine. Il sait combien sont fragiles nos pensées et fluctuant nos désirs. Il sait combien notre vie humaine, notre service pastoral, nos désirs vont se retrouver confrontés à la complexité du réel, aux faux semblants du péché et à cette peur viscéral de mourir et de vivre.

Et par une histoire des plus quotidiennes, il abaisse nos enthousiasmes à l’acceptation pleine et entière de la réalité. Les béatitudes de la montagne sont si proche de notre expérience humaine : la paix, la docilité, les pleurs, la miséricorde… Dans les actions les plus quotidiennes, elles font émerger Dieu et la surabondance de sa grâce. En revanche, la joie qui jaillit du cœur de cet homme semble délier le repas du royaume du repas de l’aujourd’hui ! L’émergence de sa joie eschatologique semble l’écarter de  ce repas du maintenant du salut qui nous conduit à la suite du Christ sur le chemin des béatitudes.

Alors Jésus le lui rappelle. Le repas est prêt mais les destinataires ne le sont pas. Le repas est prêt mais les tâches quotidiennes, la peur de la rencontre, les excuses faciles prennent le pas sur l’invitation. L’aujourd’hui de la rencontre est reporté à demain. Et voilà que face à ce refus, les pauvres, les boiteux, les estropiés viennent prendre place… Puis tous ceux qui permettront à cette salle du banquet d’être pleine pour que rien de la joie de la rencontre ne soit perdu. Face au refus de certains s’oppose l’acceptation de beaucoup d’autres…

Qui sont ceux qui appellent sinon les missionnaires de l’évangile, les hommes et les femmes qui ont donné et qui donnent leurs vies pour l’évangile ! Qui sont ceux qui sont appelés sinon ceux qui ont été baptisés et qui ont reçu en héritage la vie éternelle ! Qui sont ceux qui refusent, ce sont ces mêmes missionnaires de l’évangile qui n’arrivent pas à accueillir la joie du salut ! L’Evangile, bonne nouvelle du salut pour le monde, nous place tour à tour dans ceux qui vont appeler et annoncer la joie de participer à ce grand banquet mais aussi de ceux qui refusent de participer car ils ne savent plus se laisser interpeller par la Parole de Salut. L’Evangile nous place aussi dans cette masse de pauvres qui sont invités pour remplacer les premiers. Paradoxe insupportable de nos vies… Ecart irréductible entre nos désirs et la réalité de ce que nous sommes. Oui, nous sommes par notre sacerdoce ministériel et baptismal appelé à annoncer le mystère de la joie du salut. Mais cette annonce n’est rendue possible que dans un accueil profond de ce mystère lui-même qui nous fait nous découvrir mendiant !

La joie de la béatitude, celle qui nous fait espérer contre toute espérance que le Christ nous a sauvé, celle qui nous fait crier des confins de notre être « Heureux celui qui participera au banquet… » ne vient prendre sa force que dans la confrontation d’une autre parole. Cette parole venue de la hauteur de la montagne et qui dit : Heureux, car aujourd’hui tu pleures, tu te reconnais pécheur, tu travailles à la paix, tu témoignes du pardon et de la justice ! Heureux car aujourd’hui en vivant et accueillant ces béatitudes, tu accueilles ta pauvreté et te rend disponible à cet Autre qui t’appelle… Heureux car le salut devient mystère qui s’accueille dans les méandres d’un quotidien illisible, se vit dans les rencontres journalières et s’annonce dans l’aujourd’hui… Heureux car le repas de la joie, n’est pas si loin de nous…

Chers confrères, ce chemin des béatitudes, c’est celui qu’ont vécu nos confrères dont nous faisons mémoire et celui que nous vivons aujourd’hui dans nos différents ministères.  Ces béatitudes sont celles qui nous humanisant nous divinisent et nous conduise à nous recevoir dès maintenant de la joie de Dieu. Car elles nous conduisent à la table des pécheurs, à la table de l’eucharistie. Elles nous conduisent à ouvrir ce lieu fermé par la peur pour que jaillisse l’Esprit nous invitant au plus profond de notre être par ces mots : « heureux, heureux es tu, heureux sommes nous car nous sommes invités au repas du Seigneur. » Amen !



vendredi 21 juin 2013

"Tu veux toujours recréer le monde à ton idée, au lieu de jouir du monde tel qu'il est." Etty Hillesum

samedi 13 avril 2013

A French missionary discusses the Church in Vietnam today.

http://www.ncregister.com/daily-news/vietnam-faith-vitality/

A French missionary discusses the Church in Vietnam today.



by JOHN M. GRONDELSKI 04/13/2013 Comment Father Étienne Frécon

Americans often associate Vietnam with the long U.S. military involvement there, but because of its earlier connections with France, the country is also home to a sizeable Catholic community. The Church in Vietnam owes its existence in part to the work of the Paris Missionary Society (Missions Etrangères de Paris, MEP), a secular institute that has been sending missionaries to Asia since 1658.
Each year, MEP priests meet in one Asian country to reflect on their missionary work. Gathering in Vietnam this past January for the first time since their expulsion in 1975, MEP priests got a chance to see the state of the Church there.
Father Étienne Frécon is an MEP priest studying Chinese in Taiwan. Ordained in 2011 and with previous pastoral work in France and England, he now celebrates Mass for French and English expatriates in Taipei.
He spoke with the Register about his visit to Vietnam and his impressions of the Church there.

You and other MEPs recently visited Vietnam. What was the purpose of the trip, and what did you do there?
Every year, we gather in one Asian country to build priestly community, reflect on missionary work and discover another local Church. This year, we spent 10 days in Vietnam, a very symbolic place for us because two apostolic vicars sent there by the pope in the 17th century to establish the hierarchy in Vietnam also represented the starting point of the MEP. We had to flee Vietnam with the communist victory in 1975 and have since been unable to send missionaries there.
We nevertheless tried to keep up contacts and, in 2013, were able to visit the churches set up by — and the graves of — our confreres. The bishops of Vietnam, most of whom studied at our house in Paris, invited us.

What were your impressions of the Church in Vietnam?
It’s amazing to see the vitality of the Vietnamese Church. With many martyrs and forsaken for so many years, the Church today is blooming. Eight percent of Vietnam is Catholic, most of whom are practicing and living real lives of discipleship. There are many priestly and religious vocations. Churches are full of life and have activities to reach out to youth, the poor and non-Christians.

Vietnam is a communist country whose government has been cited by some as violating religious freedom. What is the situation of Catholics in Vietnam? Can they worship freely? Does the government interfere in episcopal appointments?
The communist regime limited the Church’s freedom for many years, trying to get involved in ecclesiastical life to control the Church from the inside. There were, for example, quotas on the numbers of seminarians, and the work of religious communities was very controlled.
Today, the Church-state relationship is somewhat better. People can worship more freely and are allowed to go on pilgrimages. The Holy See appoints all bishops, and there are no vacant sees. Still, while the Church has more freedom to live its vocation, it can’t get involved in public issues. Human rights, defense of the poor and the dignity of the person remain issues where the Church can’t yet say very much.

Your community played a role in founding the Church in Vietnam. Can you tell us something about that work?
Most of the dioceses in Vietnam were set up by the MEP, long before French colonization. In 1650, a missionary in Tonkin, Jesuit [Father] Alexandre de Rhôdes, went to Rome to ask Pope Innocent X to send secular priests (not belonging to a religious order) to Asia to build up the local Church. In 1658, the Congregation for the Propagation of the Faith sent a group of French priests there, the beginnings of the MEP. One apostolic vicar was sent to the North (then called Tonkin); the other to the South (then called Cochinchina).
For the next 350 years, more than 900 priests labored there, and many became martyrs. With the communist takeover of the North in 1953, missionaries were expelled, many fleeing south. In 1975, they all had to leave. While we are still now allowed in, we help in many ways. We help lots of Vietnamese diocesan clergy to come to Paris to study theology, thus being faithful to our original charism: to build up local Churches.

Many Americans may not even know of the MEP. What else has your community done and is doing outside of Vietnam?
Historically, MEP sent missionaries to China, Korea, Japan, Thailand, Cambodia, Laos, Malaysia, Indonesia, Burma and India. We were expelled from many places in the 20th century as local dictatorships arose. After a period without any vocations, we are now in the process of a great renewal: Twenty-seven seminarians are preparing to be missionaries. They will go to Asia to support local Churches: help form clergy, reach out to the poor, assist ethnic minorities and foster interreligious dialogue.
Every year, we also send 150 young laypeople for several months up to two years to experience missionary life in Asia. We respond to Jesus’ call: “Go and make disciples of all nations.”

You’ve been in Taiwan for half a year, ministering to French and English-speaking expatriates here. What is your impression of the Catholic Church in Taiwan?
I am in Taiwan to learn Chinese. Because I can’t yet minister in Chinese, I help the foreign community, ministering in French and English. I will be posted in Singapore to work with Chinese communities there — and in Malaysia. The Church in Taiwan is far different from what I experienced in other places. It is small but quite old, well represented among ethnic minorities and does lots of social work. Her worship shows her inculturation into Chinese life. But, as in many secular countries, it’s hard to reach the young. As for my future, I will let the Holy Spirit, my superior and the bishop of Singapore decide — “Be it done according to your word!”
Register correspondent John M. Grondelski writes from Taipei, Taiwan.
INFORMATION
Paris Missionary Society website: MEPAsie.org
 [a1]What does this mean?


Read more: http://www.ncregister.com/daily-news/vietnam-faith-vitality/#ixzz2QKXAIeUI

dimanche 6 janvier 2013

Wishes 2013

 
Taipei, 4th of January 2013




My dear friends,

This year 2013 began a few days ago and I want, through these few words, to give you some news about my missionary work in Asia. It is not that easy to put my experience here into words! I have been in Asia for more than five months and my life has completely changed! Everything is different! The way of thinking, the way of feeling, the way of eating and so on! So I try, day after day, to adjust and to fit into this place where the Lord has sent me!


I am now posted in a parish in the centre of Taipei! This parish is far different from what I could ever experience back in the UK or in Paris! In Europe my former postings tended to be in very wealthy places! I could enjoy the stillness and the calmness of the city as well as the beautiful surrounding area… Here, the district where I live is quite crowded and noisy! Nothing comparable with Chelsea’s Cadogan Street! For instance, in front of the parish gate we have a huge flyover with at least 6 road bridges which, as you can imagine, brings a lot of noise into our place! Although it is not that beautiful, the parish atmosphere and the people here bring a real sense of vitality, friendship and harmony! The Christian community is very small yet lively and friendly! Of course, everything is in Chinese so I can’t help the parish priest very much! I do slowly try to get myself on track by reading a very small part of the Eucharistic Prayer and trying to meet as often as I can with the parishioners! I try with the little Chinese I have to build relationships. This brings me a lot of joy because I can discover through them the purpose of my coming here: to serve God and his people!

My daily routine is very simple! Day after day, I go to school to learn how to speak the language of Confucius! Learning Chinese is a kind of paradoxical experience! I do feel very enthusiastic about learning and speaking this very different language, but at the same time I am quite frightened and apprehensive when I see what I have to put into my brain! But slowly the words come out properly, and the pronunciation of the tones comes out in a much clearer way! Chinese is a language which really takes time to learn! If you learn it too quickly your tones will be wrong and you won’t be able to make yourself understood! Therefore, when you don’t pronounce a word properly you can make some very funny mistakes which can produce tears of laughter! Once, I was chatting in the underground with one of my Chinese teachers and I wanted to say “tube” but instead I said “marriage”. All the people around us who could hear me laughed… As soon as I realised my mistake, I apologised and tried to speak a better Chinese in front of them! At the end of the day, learning Chinese makes you learn patience and humility… So, I would say it is a good spiritual experience!

Learning Chinese and living in such a different place is somehow experiencing the mystery of the Incarnation. St John says at the beginning of his Gospel: “the Word was made flesh”. Being here, and learning this language, makes you experience in the flesh what this incarnation means! When you arrive here you don’t understand anything; you are like a small child unable to speak, to understand and to get around very easily! But day after day you realise that you have gone a step further! I do believe that when Jesus came into the world his experience was the same! He tried to learn the culture, the customs, the words that human beings were using! God by His incarnation embraces our way of life and this is the way that each and every missionary, no matter where he is, has to experience: trying to discover and adapt himself to the place where he is posted in order to manifest the tenderness and the closeness of God!

As you can realise by reading these few words, the beginning of a missionary life does not consist of doing a lot of things to help and to serve the people of God, making brilliant homilies or giving lots of care to the people around you… I would rather say that the starting point is very much down to earth, trying to learn the language, to build relationships, to discover the church and to get used to the novelty of your environment! This brings solitude but, at the same time, a very deep and inner joy of new beginning!

By these few words I wanted to express the reality of the life of all young missionaries who try day after day to settle down wherever they are. This is a good occasion to pray for one another in order for each of us to be faithful to our own vocation.

I hope all of you are well wherever you are in Singapore, Malaysia, London… I wish you a blessed new year filled with joy and peace! I wish that all of you may discover the beauty of the Word of God. May the words of St John “the Word was made flesh” take root in you and help you to discover the wonders of following Jesus step by step, because this brings true happiness and joy!

With all my prayers and best wishes,
                                                                                 



Fr Etienne Frécon, mep


mardi 1 janvier 2013

Voeux 2013 !





 

Singtogether 3…
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        Taipei, le 26 décembre 2012




Chers amis,

Le 25 est passé, le 26 voit sa nuit tombée et me voilà maintenant, acculé à m’asseoir devant mon ordinateur pour essayer de mettre quelques mots sur mon expérience taiwanaise avant que le 31 n’arrive ! Ce n’est pas tellement que je ne veuille pas vous donner des nouvelles ou que je n’aie rien vécu ces derniers mois, mais bien plutôt la difficulté de trouver les mots justes pour exprimer la réalité de ce que je vis ici ! Ce n’est donc ni une histoire de chiffres ou de jours décomptés pour arriver à l’heure avec mes vœux mais plutôt une invitation, pour moi, à me reccueillir pour que les mots retenus du cœur trouvent leur agencement dans ces quelques paragraphes qui vous partageront ma vie missionnaire !

Mission, Taiwan, chinois, apprentissage, difficulté, découverte, joie de la rencontre, foi… Voilà tout ce que je voudrais vous exprimer et qui pour l’instant reste une réalité encore difficile à mettre en mots ! En effet, l’arrivée à Taiwan a marqué le début de l’étape auquel aucun missionnaire ne peut échapper : l’apprentissage de la langue ! Je vis donc cette étape entre un désir enthousiaste de maîtriser la langue de Confucius et une espèce de peur face à l’immensité de ce qu’il me faut ingérer devant la difficulté de la pratiquer. Etonnant paradoxe ! Mais bon, le chinois rentre et il ressort, il s’énonce et ne trouve plus ses mots, il fait face à l’angoisse de ne  plus savoir comment se dire avec le bon ton et retrouve finalement son lit en laissant le courant de la vie et de la relation avoir le dernier mot ! Le chinois et l’aridité de son apprentissage invitent à laisser le temps avoir le dernier mot ! Les trois premiers mois, je l’ai apprivoisé en prenant des cours en groupe ! Nous étions 6 au départ et 3 à l’arrivée ! Ce fut une bonne expérience où l’on se rend compte que ce n’est simple pour personne ! Après une trêve à Hong Kong, je suis maintenant en cours individuel ! Je n’arrive toujours pas à savoir quelle est encore la meilleure méthode d’apprentissage mais ce dont je suis sûr, c’est que les 4 murs de la salle de classe et la répétition incessante de mots et de phrases toutes faites ainsi que la relation avec les professeurs sont d’un important secours pour arriver à passer du laboratoire linguistique à la réalité de la vie quotidienne. Oui, venir à la parole n’est pas chose aisée et je ne compte plus les moments ou je reste sur la touche incapable ni de parler ni de comprendre ! La parole devient comme un événement qui prend petit à petit chair. Elle me rappelle la venue de l’enfant de Bethléem, la parole faite chair. L’enfant cherche ses mots et l’adulte apprend à maîtriser la frustration d’un homme devenu presque muet ! Expérience d’incarnation, expérience de renouveau, expérience humaine et chrétienne : « Le verbe s’est fait chair ! »

Apprendre une langue ne peut se limiter aux mots. Une langue, c’est une culture, une manière de penser, d’agir… Une langue, c’est une histoire, une identité, une réalité qui dit l’autre… Je profite donc de mes heures de détente pour découvrir Taipei et ses environs, pour rencontrer ses habitants et les paroissiens jeunes ou moins jeunes qui fréquentent la paroisse. Ma première perception de la ville fut, je dois bien l’avouer assez négative ! La Malaisie et la richesse de Singapour jouant comme en contraste ne m’ont pas fait aborder Taiwan sous le meilleur œil ! Pourtant, à force d’arpenter ses rues bruyantes mais bien vivantes, regarder la beauté de ses montagnes, sentir les odeurs plus ou moins agréables de ses marchés et admirer la vitalité et les couleurs qui embellissent Taipei, je dois bien avouer que je commence à apprécier cette ville ! En écrivant ces mots, je me rappelle le petit prince de St Exupéry quand ce dernier demande au renard de jouer avec lui : « Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé. » Oui, ces premiers mois ont été comme un apprivoisement, un jeu de découvertes plus ou moins fascinantes, pour que je commence à apprivoiser cet univers chinois fort différent de celui que j’avais pu expérimenter en Malaisie ou à Singapour ! Depuis quelques mois maintenant, nous nous apprivoisons et comme le renard l’enseigne au petit prince : « Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... ». Taipei est une ville qui s’apprivoise pour que transparaisse son attrait. Il en va bien sûr de même avec ses habitants où je découvre combien créer des liens et apprendre à se découvrir et à s’aimer n’est pas si simple ! Expérience de rencontre, expérience de découverte et d’altérité mais aussi de foi en Dieu, en soi-même et en l’autre et en la parole que nous nous donnons pour nous apprivoiser : « Le Verbe s’est fait chair ».
Taiwan, c’est aussi les premiers balbutiements du prêtre missionnaire se découvrant bien démuni et fragile fasse à la place qu’il doit trouver dans le concert des différentes religions et d’une société qui vit assez bien sans Dieu ou avec l’idée d’un Dieu remplissant le rôle de grand magicien ! Que dire et que faire pour laisser découvrir que l’Evangile est Bonne Nouvelle ? Je dois avouer que tous les moyens sont bons jusqu’à aller se déguiser en père noël le jour de Noël pour aller fêter l’anniversaire du père noël dans une école le 25 décembre ! Au début, je rigolais du piège involontaire qui m’était tendu mais après deux heures assis sur un petit tabouret, me faisant prendre en photo avec chaque enfant pour orner les murs facebook de leurs parents, j’avoue que le rire se faisait un peu jaune !
Outre cela, la paroisse qui accueille 5 jeunes prêtres dont 4 des Missions étrangères de Paris est une réalité vivante qui cherche à répondre à l’appel du Christ : « Aller de toutes les nations… » ! Le curé, le Père Bernard de Terves, est un mep qui est depuis plus de 5 ans à Taiwan, son expérience de la vie ici et la maîtrise de la langue sont bien souvent d’une grande aide ! Il y a aussi un prêtre indien, le Père Stanislaus, mep aussi qui depuis maintenant deux ans subit les foudres du chinois. Nous étudions donc dans la même école… L’autre jour en regardant son livre, j’ai cru avoir un choc et j’avoue admirer la persévérance de tous ceux qui se sont mis à apprendre consciencieusement cette langue ! Le père Zhang est lui un prêtre du continent qui vient faire des études de théologie à Taiwan ! Il est un peu mon « check-point » en chinois ! J’essaye de lui dire toutes les phrases que je sais en chinois pour voir si je me fais comprendre ! Sa présence met un peu de Chine dans ce monde très français ce qui n’est pas désagréable. Il y a aussi un autre prêtre français qui alterne son temps entre la chine et Taiwan et actuellement deux jeunes volontaires. Cet univers a les limites et les difficultés de toute vie de communauté mais est quand même assez rassurant au moins pour les débuts ! Pour ce qui est du ministère en chinois, il n’est pas à l’ordre du jour même si je commence à lire la prière eucharistique ce qui toutes fois est bien modeste!
Mon ministère de prêtre me permet aussi de faire un petit break avec le chinois pour continuer à vivre mon ministère en anglais et quelques fois en français en donnant un coup de main ici et là ! La petitesse de l’Eglise de Taiwan invite à un véritable acte de foi pour chercher à découvrir les traces de l’Esprit et faire résonner la Parole pour qu’elle prenne chair en chaque homme : « Le Verbe s’est fait chair ».

Après avoir écrit ces lignes et en relisant ce que j’écrivais il y a deux mois sur Taipei, je me rends compte qu’il s’agit bien de la même réalité qui s’approfondit : s’enraciner dans un lieu pour donner chair à une Parole entendue !

C’est sur ces quelques mots évangéliques, « Le Verbe s’est fait chair », que je voudrais vous souhaiter tous mes vœux pour cette nouvelle année qui s’annonce… C’est ce que je vis véritablement ici mais c’est ce que nous sommes tous invités à vivre pour que nous soyons fidèles à nous-mêmes, aux autres et à Dieu… Ce seront donc mes vœux pour chacun d’entre vous : Que la Parole de l’Evangile qui résonne au plus profond de votre cœur trouve au cours de cette année la possibilité de prendre chair et de se dire dans tout ce que vous vivrez car là est la source de la vérité et du bonheur !
En vous espérant tous en bonne forme et en attendant de vos nouvelles, je vous redis ma prière et mon affection.                   Etienne, mep

vendredi 19 octobre 2012

Homélie dimanche 21 octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO Is 53, 10-11 ; Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16

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Homélie dimanche 21 octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO
Is 53, 10-11 ; Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16

Aujourd’hui, se conclut la semaine mondiale de prières pour les missions ! On pourrait s’attendre aux traditionnels textes sur l’envoi en mission des 12. Quoi de plus normal, que l’Eglise nous propose des textes missionnaires pour nous inviter à sortir de nos habitudes religieuses pour annoncer la Parole aux nations ? Pourtant, il n’en est rien, les textes d’aujourd’hui sont les textes d’un dimanche ordinaire. Et, c'est bon ! Ils nous ramènent au plus profond de l’identité chrétienne. Ils fondent l’engagement missionnaire non pas uniquement en proposant des recettes miracles, des choses à faire ou à ne pas faire, mais plutôt en recentrant l’activité missionnaire de l’Eglise et donc de chacun d’entre nous sur le Christ et son œuvre de salut !

Oui, aujourd’hui, malgré la difficulté de langage qui se cache derrière ces textes, ils disent et nous conduisent au plus profond de l’expérience chrétienne. Ils nous recentrent sur le Christ et sur l’expérience de son salut aujourd’hui pour nous, pour l’Eglise et pour les multitudes. Le prophète Isaïe, dans des textes d’une grande beauté prophétise la passion du Christ. « Broyé par la souffrance », « il fait de sa vie un sacrifice » pour ouvrir à « la lumière et à la justification les multitudes ». Oui, le Christ et sa passion qu’annonce le prophète, vient par ses souffrances ouvrir chaque homme à la lumière, à la Vie véritable. Le Christ vient justifier c’est-à-dire rendre juste ceux qui étaient accablés par le mal et le péché. Il ne le fait pas uniquement pour un petit groupe mais pour les multitudes. Oui, le Christ vient nous rendre juste, vient nous ouvrir à une vie nouvelle. Une vie dans laquelle le mal et le péché ne sont plus ce qui dominent la vie de l’homme mais ce qui tournent l’homme vers Dieu car il sait qu’il est rendu juste par un acte purement gratuit de Dieu. Voilà la première Bonne Nouvelle que nous pouvons entendre aujourd’hui ! Nous sommes rendus juste. Nous pouvons voir la lumière car le Christ en donnant sa vie ouvre chacun de nous à la véritable lumière gratuitement !

La lettre aux hébreux, elle aussi, dans un langage un peu difficile exprime la même réalité ! Christ seul véritable grand prêtre, « n’est pas incapable de partager nos faiblesses ». Homme au milieu des hommes, il a partagé notre condition d’homme pour nous dévoiler combien nous sommes rejoint par Dieu lui-même au milieu des tribulations de nos vies. N’ayons donc pas peur de nous avancer avec pleine assurance vers Dieu. Il n’est pas ce vieux barbu trônant dans les cieux et jouant de son pouvoir pour s’amuser de l’homme. Le Dieu de l’évangile, le Dieu qui se révèle par sa Parole est un Dieu capable de comprendre nos détresses, nos manques, nos doutes nos peurs. Le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui fait grâce, qui rend juste, qui nous appelle à nous tenir debout devant lui ! Nous pouvons donc avancer avec pleine assurance devant lui ! N’ayons pas peur de nous approcher de lui, de nous laisser faire par lui, de nous exposer à sa grâce, de nous laisser aimer par Lui plutôt que de chercher par bien trop de moyens à faire des choses pour Lui ! Voilà la deuxième Bonne Nouvelle de la parole de Dieu de ce jour : Nous pouvons avec assurance nous avancer vers lui car il nous connaît, il nous cherche et il fait grâce !

L’évangile de ce jour enfin, nous renvoie enfin à une logique encore bien trop humaine, bien trop politique, bien trop calculée que trop souvent nous vivons ! L’attitude des fils de Zébédée montre bien ce qu’il peut y avoir de calculé, de désir de reconnaissance au fond du cœur de l’homme ! Leur requête est bien loin d’une véritable compréhension de ce qu’est la grâce de Dieu ! Pourquoi vouloir siéger si haut alors que notre place n’est qu’assis à la même table que le reste de l’humanité dépendant complètement de la grâce de Dieu ! Oui, Jésus oppose une logique du faire et du pouvoir à la logique de la grâce et du service. Il propose la logique du don et de l’accueil de la vie de Dieu à celle du désir de briller. Oui, l’évangile d’aujourd’hui nous invite à accepter vraiment la place que nous avons car c’est la meilleure ! Quelle qu'elle soit, c’est la meilleure car c’est à cette place que nous sommes invités à aimer, à servir, à déployer le don de grâce que Dieu nous fait ! Voilà la troisième bonne nouvelle d’aujourd’hui, le Christ nous place à l’endroit même où nous pouvons déployer la vie qui nous est donnée ! Servir et donner sa vie dans le lieu même où nous avons été planté car c’est ce lieu là que Dieu aime et c’est dans ce lieu là qu’il dispense jour après jour sa grâce !

Chers amis, je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais les textes de ce jour sont en réalité des textes particulièrement missionnaires ! Ils le sont car ils nous replongent dans l’essence même de notre foi au Christ sauveur des multitudes ! Ils sont missionnaires car ils nous font prendre conscience que notre monde est beau malgré ses zones d’ombres ! Il est beau car il est sauvé ! Il est beau car Dieu lui-même l’irrigue de sa grâce jour après jour ! Il est beau car dans le sacrifice du Christ nous sommes libérés, sauvés de nos peurs les plus fantasmés et les plus archaïques ! Oui, le mouvement missionnaire prend sa source dans cette découverte de la grâce, dans cette découverte que chaque est aimé véritablement aimé !

Alors aujourd’hui, découvrant cela, nous sommes invités à rentrer dans ce grand mouvement missionnaire qui consiste à dévoiler au monde et à chaque homme la profondeur, la largeur, la longueur de la grâce de Dieu à notre égard ! Et cela passe par les gestes du quotidien, d’abord en famille, avec ses proches et ses collègues de bureau, avec ses frères et sœurs ! Un verre d’eau proposé, un geste de tendresse manifesté, une parole qui relève et qui ouvre, voilà ce qu’est le premier pas de la mission. Oui, dévoiler la grâce de Dieu envers chaque homme c’est cela l’attitude missionnaire, c’est cela l’Eglise dans son activité missionnaire.

Aujourd’hui, n’ayons pas peur de nous laisser faire par la grâce de Dieu, n’ayons pas peur de nous avancer vers le trône de la grâce pour aller révéler au monde et à chaque homme qu’ils sont aimés d’amour ! Amen !