vendredi 19 octobre 2012

Homélie dimanche 21 octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO Is 53, 10-11 ; Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16

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Homélie dimanche 21 octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO
Is 53, 10-11 ; Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16

Aujourd’hui, se conclut la semaine mondiale de prières pour les missions ! On pourrait s’attendre aux traditionnels textes sur l’envoi en mission des 12. Quoi de plus normal, que l’Eglise nous propose des textes missionnaires pour nous inviter à sortir de nos habitudes religieuses pour annoncer la Parole aux nations ? Pourtant, il n’en est rien, les textes d’aujourd’hui sont les textes d’un dimanche ordinaire. Et, c'est bon ! Ils nous ramènent au plus profond de l’identité chrétienne. Ils fondent l’engagement missionnaire non pas uniquement en proposant des recettes miracles, des choses à faire ou à ne pas faire, mais plutôt en recentrant l’activité missionnaire de l’Eglise et donc de chacun d’entre nous sur le Christ et son œuvre de salut !

Oui, aujourd’hui, malgré la difficulté de langage qui se cache derrière ces textes, ils disent et nous conduisent au plus profond de l’expérience chrétienne. Ils nous recentrent sur le Christ et sur l’expérience de son salut aujourd’hui pour nous, pour l’Eglise et pour les multitudes. Le prophète Isaïe, dans des textes d’une grande beauté prophétise la passion du Christ. « Broyé par la souffrance », « il fait de sa vie un sacrifice » pour ouvrir à « la lumière et à la justification les multitudes ». Oui, le Christ et sa passion qu’annonce le prophète, vient par ses souffrances ouvrir chaque homme à la lumière, à la Vie véritable. Le Christ vient justifier c’est-à-dire rendre juste ceux qui étaient accablés par le mal et le péché. Il ne le fait pas uniquement pour un petit groupe mais pour les multitudes. Oui, le Christ vient nous rendre juste, vient nous ouvrir à une vie nouvelle. Une vie dans laquelle le mal et le péché ne sont plus ce qui dominent la vie de l’homme mais ce qui tournent l’homme vers Dieu car il sait qu’il est rendu juste par un acte purement gratuit de Dieu. Voilà la première Bonne Nouvelle que nous pouvons entendre aujourd’hui ! Nous sommes rendus juste. Nous pouvons voir la lumière car le Christ en donnant sa vie ouvre chacun de nous à la véritable lumière gratuitement !

La lettre aux hébreux, elle aussi, dans un langage un peu difficile exprime la même réalité ! Christ seul véritable grand prêtre, « n’est pas incapable de partager nos faiblesses ». Homme au milieu des hommes, il a partagé notre condition d’homme pour nous dévoiler combien nous sommes rejoint par Dieu lui-même au milieu des tribulations de nos vies. N’ayons donc pas peur de nous avancer avec pleine assurance vers Dieu. Il n’est pas ce vieux barbu trônant dans les cieux et jouant de son pouvoir pour s’amuser de l’homme. Le Dieu de l’évangile, le Dieu qui se révèle par sa Parole est un Dieu capable de comprendre nos détresses, nos manques, nos doutes nos peurs. Le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui fait grâce, qui rend juste, qui nous appelle à nous tenir debout devant lui ! Nous pouvons donc avancer avec pleine assurance devant lui ! N’ayons pas peur de nous approcher de lui, de nous laisser faire par lui, de nous exposer à sa grâce, de nous laisser aimer par Lui plutôt que de chercher par bien trop de moyens à faire des choses pour Lui ! Voilà la deuxième Bonne Nouvelle de la parole de Dieu de ce jour : Nous pouvons avec assurance nous avancer vers lui car il nous connaît, il nous cherche et il fait grâce !

L’évangile de ce jour enfin, nous renvoie enfin à une logique encore bien trop humaine, bien trop politique, bien trop calculée que trop souvent nous vivons ! L’attitude des fils de Zébédée montre bien ce qu’il peut y avoir de calculé, de désir de reconnaissance au fond du cœur de l’homme ! Leur requête est bien loin d’une véritable compréhension de ce qu’est la grâce de Dieu ! Pourquoi vouloir siéger si haut alors que notre place n’est qu’assis à la même table que le reste de l’humanité dépendant complètement de la grâce de Dieu ! Oui, Jésus oppose une logique du faire et du pouvoir à la logique de la grâce et du service. Il propose la logique du don et de l’accueil de la vie de Dieu à celle du désir de briller. Oui, l’évangile d’aujourd’hui nous invite à accepter vraiment la place que nous avons car c’est la meilleure ! Quelle qu'elle soit, c’est la meilleure car c’est à cette place que nous sommes invités à aimer, à servir, à déployer le don de grâce que Dieu nous fait ! Voilà la troisième bonne nouvelle d’aujourd’hui, le Christ nous place à l’endroit même où nous pouvons déployer la vie qui nous est donnée ! Servir et donner sa vie dans le lieu même où nous avons été planté car c’est ce lieu là que Dieu aime et c’est dans ce lieu là qu’il dispense jour après jour sa grâce !

Chers amis, je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais les textes de ce jour sont en réalité des textes particulièrement missionnaires ! Ils le sont car ils nous replongent dans l’essence même de notre foi au Christ sauveur des multitudes ! Ils sont missionnaires car ils nous font prendre conscience que notre monde est beau malgré ses zones d’ombres ! Il est beau car il est sauvé ! Il est beau car Dieu lui-même l’irrigue de sa grâce jour après jour ! Il est beau car dans le sacrifice du Christ nous sommes libérés, sauvés de nos peurs les plus fantasmés et les plus archaïques ! Oui, le mouvement missionnaire prend sa source dans cette découverte de la grâce, dans cette découverte que chaque est aimé véritablement aimé !

Alors aujourd’hui, découvrant cela, nous sommes invités à rentrer dans ce grand mouvement missionnaire qui consiste à dévoiler au monde et à chaque homme la profondeur, la largeur, la longueur de la grâce de Dieu à notre égard ! Et cela passe par les gestes du quotidien, d’abord en famille, avec ses proches et ses collègues de bureau, avec ses frères et sœurs ! Un verre d’eau proposé, un geste de tendresse manifesté, une parole qui relève et qui ouvre, voilà ce qu’est le premier pas de la mission. Oui, dévoiler la grâce de Dieu envers chaque homme c’est cela l’attitude missionnaire, c’est cela l’Eglise dans son activité missionnaire.

Aujourd’hui, n’ayons pas peur de nous laisser faire par la grâce de Dieu, n’ayons pas peur de nous avancer vers le trône de la grâce pour aller révéler au monde et à chaque homme qu’ils sont aimés d’amour ! Amen !


mercredi 10 octobre 2012

Taipei

 Taipei
Taipei, capitale située au nord de l’île de Taiwan, est la ville qui m’accueille et qui m’ouvre les portes d’un monde insoupçonné. Difficile arrivée, dans un lieu aussi éloigné de l’occident qu’est la terre du soleil ! Taipei, ville où la langue, l’écriture, les us et coutumes laissent transparaître une altérité mystérieuse. C’est là, dans le quartier Songshan, que j’ai été accueilli ! En franchissant le portail rouge rouille de la propriété paroissiale, j’ai senti qu’un monde s’ouvrait devant moi. Difficile de traduire cette impression de nouveauté ! Tout était comme si tout était à apprendre, à découvrir, à expérimenter. Là derrière la grisaille des petits carrés de carrelage tapissant les murs de la maison paroissiale et de l’Eglise, j’ai réalisé que je devais apprendre à renaître à quelque chose de nouveau ! Oh, il est bien difficile de vivre cette renaissance et j’en mesure jour après jour les difficultés. Tel Nicodème, je me pose la question : « Comment est-il possible de renaître quand on est déjà vieux ? » (Jn 3,4). Bien sûr, je ne suis pas très vieux, mais l’expérience de déracinement est telle qu’il s’agit réellement de lâcher le connu et même le trop connu, pour rentrer dans l’inconnu. Comme le dit André Gide, « l'homme ne peut découvrir de nouveaux océans à moins qu'il ait le courage de perdre de vue le rivage. ». Oui, c’est à une radicale nouveauté que je suis invité !



Après le premier cri poussé pour déployer ses poumons et expérimenter la vie donnée, c’est parler qu’il faut pour pouvoir grandir dans la confiance. L’apprentissage de la langue est donc l’étape primordiale pour rentrer dans ce nouveau monde. Jour après jour, je répète et répète des phrases toutes simples qu’un enfant de maternel peut dire avec une aisance et une clarté à en rendre jaloux l’étranger qui s’engage dans cet apprentissage. Les rares enfants rencontrés depuis mon arrivée à Taiwan m’ont rappelé ma condition de renaissant ! Mais voilà, la langue est le point de passage obligé pour vivre correctement. J’ai en mémoire les histoires de mes prédécesseurs missionnaires qui ont lutté pour apprendre ces langues asiatiques. Par chance, aujourd’hui, la technologie et les applications iphone sont d’une grande aide dans l’apprentissage ! Plus besoin de feuilleter des pages et des pages pour trouver un caractère, une seule photo avec l’iphone permet de trouver le sens alors inconnu d’un petit pictogramme. 
 

La naissance passe par la nomination ! Pour naître toute personne doit être appelée, et nommée. La nomination si elle est importante dans la culture occidentale, elle l’est aussi ici ! C’est donc un des premiers défis qu’ont dû remplir les paroissiens via un concours Facebook ! Sur une liste d’une quinzaine de nom, j’ai choisi le nom de 方立天, Fang li tian. Le nom de famille est un nom de famille chinois proche par la sonorité de mon de famille. Li tian, deux caractères trouvés par la proximité sonore et en raison de leur sens. Le premier caractère signifie : « se tenir debout, se dresser ». Le deuxième signifie le ciel. Il renvoie aussi à Dieu dans la tradition catholique. La signification de mon nom exprime une véritable réalité théologique et spirituelle : « celui qui se tient devant Dieu ». Ce nom est significatif, il est un appel à la foi, à vivre et à « marcher en présence de Dieu » (Gn17,1), tout un programme pour celui qui essaye de marcher avec les yeux de la foi.  Pour un lyonnais, il me rappelle la phrase d’Irénée, « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant », l’homme debout on pourrait dire. Luc le rappelle dans son évangile en parlant du jugement dernier. Il nous invite à « paraître debout devant le Fils de l'homme. » (Lc 21, 36).
Taipei, c’est donc la ville des commencements ! Pour commencer un nouveau travail, il faut chercher ! la ville elle-même invite à cela… La densité de population, les rues encombrées et bruyantes, l’agencement de la ville plus commode que beau invite à creuser, à chercher, à découvrir, au-delà de la noirceur, la beauté qui s’y cache ! Elle se trouve probablement dans la gentillesse et l’accueil chaleureux que vous donne ses habitants. Oui, la ville ne témoigne pas d’un passé haussmannien, mais elle a le mérite de la commodité ! Elle invite à ouvrir les yeux pour regarder les originalités et les petits plaisirs que procure la vue d’un temple, d’un étale de fruits ou d’un petit restaurant et cette simplicité n’a pas de prix !
Finalement, Taipei, c’est la ville où continue de se commencer l’aventure de la Foi qui passe par une renaissance et une descente dans la boue de notre humanité pour y découvrir le neuf que la grâce de Dieu vient déposer chaque jour dans nos vies !

samedi 22 septembre 2012

Qui dit Singapour dit Malaisie !

Prévu pour 7 jours, c'est finalement 10 jours que j'ai passé sur la péninsule malaisienne... C'est difficile de partager ces instants d'émotions et de vrai bonheur que j'ai pu vivre en retrouvant des amis de longues dates... Eh oui, le temps passe et pour certains, je les connais depuis 8 ans maintenant... Même si la joie était abondante, elle a aussi laissé place à la tristesse d'apprendre ou de reparler du décès de l'un, de l'échec d'un autre, et de la violence avec laquelle la vie touche certaines personnes... Ce n'est plus dans mon ancien QG de Petaling Jaya que je me suis installé cette fois-ci mais dans une nouvelle paroisse construite en plein cœur d'une zone industrielle à des centaines de mètres de la première habitation, signe d'une pression assez forte du pouvoir musulman ! Le curé est l'ancien vicaire de la paroisse où je me trouvais étant séminariste... Il n'a pas beaucoup changé sauf la perte d'une centaine de kilo.... Ce qui le change quand même beaucoup !
Centre de Kuala Lumpur...
grâce à une petite Kancil, petite voiture locale, j'ai sillonné Kuala Lumpur pour voir prêtres, MEP, volontaires et les amis... Malgré les nombreux changements, Je peux encore trouver assez facilement ma route ce qui n'est pas sans procurer une vraie joie !

Anciens jeunes de Rumah Ozanam...
La première étape de ce voyage a été l'orphelinat Rumah Ozanam ! la plupart des résidents que j'ai connu sont maintenant indépendant et réussissent plus ou moins bien ! A entendre certains, on a l'impression qu'il n'y a que des succès sauf qu'on oublie de mentionner tous ceux qui sont dans l'échec c'est-à-dire soit déscolarisé, soit sans-emploi et sans études ou dans des situations humaines vraiment compliquées. Cependant, pour un bon nombre, l'avenir peut commencer à leur sourire et c'est bien comme cela ! L'Eucharistie que nous avons célébrée ensemble a été mis sous le signe de l'action de grâce pour tout ce qui a été reçu et accomplit au cours de ces dernières années. Nous avons aussi prié pour Philippe Tan qui a mis fin à ses jours l'année dernière et dont le souvenir reste encore bien vivant !
Au cours de cette semaine à Kuala Lumpur, j'ai pu donner un coup de main pour célébrer des messes et confesser. A mon arrivée, c'est avec les étudiants de l'université que j'ai célébré puis dans la foulée avec la communauté africaine au 15ème étage d'un immeuble dans une ambiance chaude, humide et survoltée ! Un grand moment... La visite des centres de batu Arang ne m'a pas laissé indifférent. Là encore, on perçoit la violence qu'incarne certains régimes politiques et la pauvreté et la misère de ceux qui en font les frais. Le dispensaire pour les réfugiés est un lieu où l'on perçoit ce que l'homme peut engendrer... les paroles bibliques où Dieu lui-même s'identifie à l'étranger, à l'immigré résonnent avec une force toute particulière dans ce lieu. Ces lieux d'engagements de l'Eglise sont vraiment signe du message qu'elle cherche à annoncer. Bien que politiquement compliqué, la place des chrétiens, quelque fois remis en cause par la hiérarchie ecclésiale locale, me semble vraiment importante en ces lieux. Dans un pays à majorité musulmane, l'Eglise est présente auprès des réfugiés, des malades du Sida, auprès de ceux qui sont rejetés et c'est sa place et peut être le premier lieu où elle doit être.
Messe avec les africains...


La visite d'un de mes amis dans un état du nord de la Malaisie m'a permis d'expérimenter l'Eglise de Malaisie dans une toute autre dimension. Là où Kuala Lumpur et la côte est du pays donnent à voir des églises où se pressent des foules nombreuses malgré le petit un pour cent de la population que représente les chrétiens, le nord-est du pays offre à voir une autre réalité. Pas d'église car le sultanat le refuse, mais une poignée de chrétiens, des jeunes venus de Bornéo et des gens venus travailler dans cet état pour la plupart forment la petite communauté chrétienne. La langue est le malais et la pastorale est une vraie pastorale missionnaire ! Quelle Parole dire quand ceux qui sont invités à l'écouter ne sont pas autorisés à l'entendre ? En tout cas, cette expérience a été très enrichissante. Je pense que ce WE là j'ai célébré 6 messes du dimanche. Trois le vendredi car c'est leur jour ferrié et trois le dimanche car j'étais dans un autre état où la messe avait lieu le dimanche !


Petit stop le long de la route....

Mosquée de Kuantan...
Singapour, Malaisie, voilà deux pays où cohabitent des mondes bien différents, le monde chinois, malais et indien, le monde bouddhiste, hindouiste, musulman et chrétien... C'est dans cette diversité que l'on doit se situer et donc choisir... C'est vers le chinois que je me tourne en allant l'apprendre à Taiwan !

Un mois à Singapour !

Chers amis,
Après un long temps d'absence dû à mon départ en Asie, je vais essayer de tenir à jour ce blog ce qui me semble relever d'un grand challenge...
Ce fut une grande joie de toucher le sol singapourien après le déchirement du départ... Un des textos reçu alors que j'étais à l'aéroport fut celui-ci "Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut." Cet extrait du poème le voyage de Charles Baudelaire exprimait en quelques mots que le temps était venu de partir. Eh oui, après des années d'attente, je suis enfin en Asie et c'est par Singapour que j'ai commencé mon voyage dans ce grand continent ! Singapour, par rapport à l'ensemble, est un petit point à peine visible sur une carte. Pourtant, la vie fourmille en ce lieu et les défis, comme dans chaque endroit, ne manque pas ! Je n'avais pas posé les pieds sur cette terre depuis plus de trois ans et j'ai été surpris des changements opérés dans la ville-état. La construction de plusieurs bâtiments dont ceux construit au cœur de la ville sont vraiment impressionnant. L'hôtel Marina Sand doit être le plus spectaculaire. En haut de trois tours qui la supporte, une plateforme en forme de bateau offre une vue imprenable sur la ville...


Marina Sand hotel
Nouveau quartier de Marina Bay

Ballade sur l'eau dans un shopping center de Singapour...

Petite vue de Marian Bay Sand

Pour ce qui est de la vie à Singapour, eh bien elle est occupée comme toutes les grandes mégalopoles. Mais, le mot "busy" revient régulièrement dans la bouche des gens à croire que le calme, le fait de prendre du temps et même d'en perdre soit une idée impensable. j'ai été en tout cas très chaleureusement accueilli par les quelques amis que j'ai déjà là-bas. L'accueil est bien ce qui préside à la relation et la rend possible. A chaque fois que je me rends en Asie, je suis frappé de leur capacité à accueillir, à offrir, à donner ! Expérience humaine et spirituelle profonde nous conduisant au coeur du mytère.

Maison traditionnelle... Little India

Durant ces quelques jours sur l'île, j'ai pu rencontrer un peu plus en profondeur l'Eglise qui est à Singapour. Les défis sont bien diférents de ceux que nous pouvons croiser en occident ! Bien sûr, il commence a y avoir une désaffection des jeunes dans les églises, une critique d'une trop grande rigidité et d'un trop grand ritualisme dans l'Eglise catholique mais les foules, bien que minoritaire, se pressent pour aller à la messe, recevoir une bénédiction ou demander un conseil pour arriver à trouver un équilibre meilleur pour leurs vies... Le prêtre est l'homme du sacré et reste bien cantonné dans ce rôle... l'arrivée de nombreux travailleurs philippins à Singapour renforce ce sentiment... Après chaque eucharistie, sans même dire bonjour, ils prennent notre main et la pose sur leurs fronts en signe de respect mais aussi de demande de bénédiction. Le travail missionnaire, selon beaucoup de mes confrères, se trouve là, dans l'accompagnement de ces demandes pour témoigner de la liberté que procure l'attachement au Christ! Pour les jeunes générations, l'influence critique de l'occident change un peu la donne et très rapidement, l'Eglise de Singapour devra prendre en compte ces nouveaux défis pour que l'Evangile continue d'être annoncé à Singapour.
 Pays multiculturel et pluri-religieux,  Singapour et son gouvernement s'impliquent pour promouvoir la paix et l'harmonie entre les différents peuples et les religions. L'Eglise, elle aussi s'implique pour promouvoir plus de dialogue et de connaissance entre les peuples. C'est bien cette absence de connaissance qui conduit à la peur de l'autre et de ce qu'il promeut.

Visite d'un centre pour promouvoir le dialogue interreligieux et la connaissance de l'Islam. Photo souvenir avec le responsable, lui pour son profil facebook et moi pour mon blog.



 La propreté et la trop grande réglementation de Singapour cachent quelque fois les défis humains et ecclésiaux à relever mais ils existent ! Affaire à suivre...

mardi 1 mai 2012


Chers amis,
Nous venons de célébrer Pâques, la fête du grand passage, celui qui scelle d’une façon définitive la victoire de la Vie sur la mort. Cette fête nous invite à traverser ces territoires désolés, tant ceux de notre quotidien que ceux de notre vie intérieure, pour aller découvrir la vie qui se cache ou qui cherche à jaillir dans les espaces que nous avions délaissés. Finalement, nous sommes invités à mourir, à aller au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! Le Christ nous guide sur ce chemin puisque lui-même a traversé ses épais abîmes.
Je conçois un peu mon séjour en Angleterre comme une longue traversée m’ayant fait quitter les lieux connus de la vie parisienne, pour des lieux moins connus anglais avant de plonger réellement dans l’inconnu missionnaire… Il fut donc un temps de passage, un temps de Pâques ! Il n’est pas si évident de quitter une terre et des amis et plus encore de s’ajuster à la vie et aux questionnements portés par un peuple et une culture. Traduire sa pensée ne suffit pas, il s’agit bien de rencontrer l’autre et sa différence pour que naisse à nouveau la Parole, la Parole qui donne chair et vie.
La vie missionnaire s’inscrit dans le partage du quotidien.  Elle est un appel incessant à découvrir la présence de l’autre qui vient altérer ma vie quotidienne. Cette expérience je l’ai vécue en paroisse et dans l’école de langue. Cette dernière m’a permis de rencontrer un certain nombre de jeunes ou moins jeunes, étrangers de bien des manières à ce que je suis et de ma foi chrétienne. En faisant ces petits exercices pour améliorer notre manière de parler à partir d’un thème un peu bateau, j’ai eu la joie de découvrir la vie de mes confrères de l’école. Finalement, de la crise sociale et économique en passant par la menace climatique qui pèse sur notre monde, nous avons glissé souvent sur les questions qui peuplent nos vies. De l’Argentine au Japon, de la Turquie au Brésil, de la Corée à l’Espagne les questions mêmes formulées différemment sont les mêmes. Ce fut donc une joie de partager cette humanité que nous avons en commun. Cette expérience revêt des couleurs eucharistiques en ce qu’elle relève d’une parole charnelle partagée pour trouver la Vie. Elle plonge dans le mystère de l’homme et de Dieu.
Cette expérience de la rencontre, je l’ai aussi vécue d’une manière plus dramatique en prison. Deux fois, je suis allé visiter des prisons d’hommes et de femmes à Londres. Les grilles, le bruit des clés et des verrous qui s’ouvrent et se referment rappellent l’expérience terrible de la captivité. Ces bruits agressifs invitent à trouver la vraie liberté et à se battre pour que chaque homme puisse la trouver. J’ai participé notamment à des groupes féminins d’alcooliques et de drogués anonymes. Il est étonnant de découvrir derrière le visage qui se donne de manière plus ou moins rayonnant un cœur meurtri et traversé par une histoire faite de démission, de trahison, de haine et de violence… Comment ne pas rester insensible à ce jeune homme enfermé dès l’âge de 15 ans ? Quand est-ce que l’homme va apprendre à aimer réellement ? Quand allons-nous comprendre que l’important se trouve dans le respect et l’accueil de chaque vie ?
Vivre à l’étranger, c’est aussi expérimenter cette solitude et cette difficulté de se situer dans un univers qui n’est pas le sien. Elle fait naître une grande fragilité mais aussi une grande force et ouverture. Je ne sais pas si vraiment cela est catholique, mais Charles Baudelaire l’exprime magnifiquement bien dans son ouvrage Le spleen de Paris. « Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe.
Il est bon d’apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, ne fût-ce que pour humilier un instant leur sot orgueil, qu’il est des bonheurs supérieurs au leur, plus vastes et plus raffinés. Les fondateurs de colonies, les pasteurs de peuples, les prêtres missionnaires exilés au bout du monde, connaissent sans doute quelque chose de ces mystérieuses ivresses ; et, au sein de la vaste famille que leur génie s’est faite, ils doivent rire quelquefois de ceux qui les plaignent pour leur fortune si agitée et pour leur vie si chaste. »[1]

Ces quelques réflexions que m’inspirent cette période pascale, cette période de passage m’ouvre sur une autre fête, celle de Pentecôte, celle qui invite à accueillir la ruah, le souffle mais aussi l’espace que donne l’Esprit du Seigneur. En cette fête, je serai envoyé officiellement en Asie. Vous êtes donc tous invités à vous joindre par votre présence ou votre prière à la messe qui sera célébrée au MEP le dimanche de Pentecôte.
Bon temps pascal à tous.

Etienne Frécon

En bref…
Vous êtes cordialement invités à la messe d’envoi en mission qui aura lieu le dimanche 27 mai 2012 au MEP (128, rue du Bac à 10h00. Au cours de cette messe 3 prêtres des MEP seront envoyés pour les missions du Japon et de Malaisie-Singapour et 2 prêtres associés recevront leurs destinations.
PS : si vous pensez venir au buffet qui suivra la messe, n’hésitez pas à me donner une réponse !


[1] Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, XII, 1869.