Homélie dimanche 21
octobre 2012 – Communauté francophone de Taipei – 29ème dim TO
Is 53, 10-11 ;
Ps 32 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 14-16
Aujourd’hui, se conclut la
semaine mondiale de prières pour les missions ! On pourrait s’attendre aux
traditionnels textes sur l’envoi en mission des 12. Quoi de plus normal, que
l’Eglise nous propose des textes missionnaires pour nous inviter à sortir de
nos habitudes religieuses pour annoncer la Parole aux nations ? Pourtant,
il n’en est rien, les textes d’aujourd’hui sont les textes d’un dimanche
ordinaire. Et, c'est bon ! Ils nous ramènent au plus profond de l’identité chrétienne. Ils
fondent l’engagement missionnaire non pas uniquement en proposant des recettes
miracles, des choses à faire ou à ne pas faire, mais plutôt en recentrant l’activité
missionnaire de l’Eglise et donc de chacun d’entre nous sur le Christ et son
œuvre de salut !
Oui, aujourd’hui, malgré la
difficulté de langage qui se cache derrière ces textes, ils disent et nous
conduisent au plus profond de l’expérience chrétienne. Ils nous recentrent sur
le Christ et sur l’expérience de son salut aujourd’hui pour nous, pour l’Eglise
et pour les multitudes. Le prophète Isaïe, dans des textes d’une grande beauté
prophétise la passion du Christ. « Broyé par la souffrance »,
« il fait de sa vie un sacrifice » pour ouvrir à « la lumière et
à la justification les multitudes ». Oui, le Christ et sa passion
qu’annonce le prophète, vient par ses souffrances ouvrir chaque homme à la
lumière, à la Vie véritable. Le Christ vient justifier c’est-à-dire rendre
juste ceux qui étaient accablés par le mal et le péché. Il ne le fait pas
uniquement pour un petit groupe mais pour les multitudes. Oui, le Christ vient
nous rendre juste, vient nous ouvrir à une vie nouvelle. Une vie dans laquelle
le mal et le péché ne sont plus ce qui dominent la vie de l’homme mais ce qui
tournent l’homme vers Dieu car il sait qu’il est rendu juste par un acte
purement gratuit de Dieu. Voilà la première Bonne Nouvelle que nous pouvons
entendre aujourd’hui ! Nous sommes rendus juste. Nous pouvons voir la
lumière car le Christ en donnant sa vie ouvre chacun de nous à la véritable
lumière gratuitement !
La lettre aux hébreux, elle
aussi, dans un langage un peu difficile exprime la même réalité ! Christ
seul véritable grand prêtre, « n’est pas incapable de partager nos
faiblesses ». Homme au milieu des hommes, il a partagé notre condition
d’homme pour nous dévoiler combien nous sommes rejoint par Dieu lui-même au
milieu des tribulations de nos vies. N’ayons donc pas peur de nous avancer avec
pleine assurance vers Dieu. Il n’est pas ce vieux barbu trônant dans les cieux
et jouant de son pouvoir pour s’amuser de l’homme. Le Dieu de l’évangile, le
Dieu qui se révèle par sa Parole est un Dieu capable de comprendre nos détresses,
nos manques, nos doutes nos peurs. Le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui
fait grâce, qui rend juste, qui nous appelle à nous tenir debout devant
lui ! Nous pouvons donc avancer avec pleine assurance devant lui !
N’ayons pas peur de nous approcher de lui, de nous laisser faire par lui, de
nous exposer à sa grâce, de nous laisser aimer par Lui plutôt que de chercher
par bien trop de moyens à faire des choses pour Lui ! Voilà la deuxième
Bonne Nouvelle de la parole de Dieu de ce jour : Nous pouvons avec
assurance nous avancer vers lui car il nous connaît, il nous cherche et il fait grâce !
L’évangile de ce jour enfin, nous
renvoie enfin à une logique encore bien trop humaine, bien trop politique, bien
trop calculée que trop souvent nous vivons ! L’attitude des fils de Zébédée
montre bien ce qu’il peut y avoir de calculé, de désir de reconnaissance au
fond du cœur de l’homme ! Leur requête est bien loin d’une véritable
compréhension de ce qu’est la grâce de Dieu ! Pourquoi vouloir siéger si
haut alors que notre place n’est qu’assis à la même table que le reste de
l’humanité dépendant complètement de la grâce de Dieu ! Oui, Jésus oppose
une logique du faire et du pouvoir à la logique de la grâce et du service. Il
propose la logique du don et de l’accueil de la vie de Dieu à celle du désir de
briller. Oui, l’évangile d’aujourd’hui nous invite à accepter vraiment la place
que nous avons car c’est la meilleure ! Quelle qu'elle soit, c’est la
meilleure car c’est à cette place que nous sommes invités à aimer, à servir, à
déployer le don de grâce que Dieu nous fait ! Voilà la troisième bonne
nouvelle d’aujourd’hui, le Christ nous place à l’endroit même où nous pouvons
déployer la vie qui nous est donnée ! Servir et donner sa vie dans le lieu
même où nous avons été planté car c’est ce lieu là que Dieu aime et c’est dans ce
lieu là qu’il dispense jour après jour sa grâce !
Chers amis, je ne sais pas si
vous l’avez remarqué mais les textes de ce jour sont en réalité des textes
particulièrement missionnaires ! Ils le sont car ils nous replongent dans
l’essence même de notre foi au Christ sauveur des multitudes ! Ils sont
missionnaires car ils nous font prendre conscience que notre monde est beau
malgré ses zones d’ombres ! Il est beau car il est sauvé ! Il est
beau car Dieu lui-même l’irrigue de sa grâce jour après jour ! Il est beau
car dans le sacrifice du Christ nous sommes libérés, sauvés de nos peurs les
plus fantasmés et les plus archaïques ! Oui, le mouvement missionnaire
prend sa source dans cette découverte de la grâce, dans cette découverte que
chaque est aimé véritablement aimé !
Alors aujourd’hui, découvrant
cela, nous sommes invités à rentrer dans ce grand mouvement missionnaire qui
consiste à dévoiler au monde et à chaque homme la profondeur, la largeur, la
longueur de la grâce de Dieu à notre égard ! Et cela passe par les gestes
du quotidien, d’abord en famille, avec ses proches et ses collègues de bureau,
avec ses frères et sœurs ! Un verre d’eau proposé, un geste de tendresse
manifesté, une parole qui relève et qui ouvre, voilà ce qu’est le premier pas
de la mission. Oui, dévoiler la grâce de Dieu envers chaque homme c’est cela
l’attitude missionnaire, c’est cela l’Eglise dans son activité missionnaire.
Aujourd’hui, n’ayons pas peur de
nous laisser faire par la grâce de Dieu, n’ayons pas peur de nous avancer vers
le trône de la grâce pour aller révéler au monde et à chaque homme qu’ils sont
aimés d’amour ! Amen !
